• REPORTAGE / SOCIÉTÉ

L’onde de choc du Bataclan à Villiers le Bel


Une minute de silence et des heures de paroles. Les Beauvillésois de toutes confessions se sont recueillis et ont réagi aux attentats de Paris.

Lundi 16 novembre, il est bientôt midi. Une foule d'habitants converge devant la mairie. Des hommes, des femmes, des jeunes de toutes les couleurs et de tous horizons.

« Lorsque j’ai entendu la nouvelle à la télé, mes jambes ne me portaient plus…», se rappelle, émue et digne, la mère de Mohcine, l’un des deux adolescents morts à Villiers-le-Bel en novembre 2007. La douleur est toujours aigüe, ravivée en de pareils moments. Elle est là pour la minute de silence.

Non loin d’elle, un retraité, pousse un soupir, mais ne parvient pas à verbaliser ce qu’il ressent, comme beaucoup d’ailleurs. Un autre fait un geste de la main, traduisant l’impuissance et l’incompréhension.

« Pour la deuxième fois cette année… »

« Mes enfants sont partis à l’école ce matin, la peur au ventre », dit une mère de famille, tandis que sa voisine renchérit que les siens n’arrivent plus à dormir car ils craignent qu’ « ils » viennent ici. Pour ces petits enfants, « Saint-Denis, c’est pas loin ». En effet, n’importe qui aurait pu être victime.

En haut de l'escalier un micro attend que quelqu’un prenne la parole. Les gens sont silencieux, le visage grave, solennel. Ils regardent autour d’eux, se reconnaissent, se saluent du regard, vraisemblablement soulagés que la plupart aient pu venir pour ce moment de communion. D'autres insistent et cherchent en vain tel habitant, absent et se demandent « C'est curieux ; il n'aurait jamais raté une telle occasion. Et s’il était touché lui aussi, de près ou de loin? »

Midi. Le maire prend le micro pour nous inviter "officiellement" à observer la minute de silence. Il s’adresse à nous, grave et commence ainsi (peu ou prou) "pour la deuxième fois cette année...".

En janvier, c'était Charlie, des gens connus, dérangeants parfois. Aujourd'hui des inconnus, des anonymes : des gens mûrs, des plus jeunes, tous partis trop tôt. 129 morts, des centaines de blessés ; et des vivants meurtris, en deuil, en deuil de leur liberté et de leur joie de vivre.

« L’Islam, c’est pas ça »

Des interrogations reviennent comme un leitmotiv dans la tête de ces citoyens : pourquoi? Au nom de quoi les a-t-on massacrés? Sûrement pas pour les raisons avancées, alibi à la folie de certains illuminés. Par vengeance ou violence aveugle ?

Tous voudraient parler d'une seule voix et se font écho. Un homme déclare : "Ces personnes veulent nous faire sombrer dans l'obscurantisme, nous allons plutôt nous laisser guider par la lumière, la vérité vraie ...". " Par l’amour de notre prochain, car nous, nous faisons partie de l'Humanité", continue une jeune femme, finissant la phrase de son voisin. Un autre homme d’une quarantaine d’années s’écrie : « L’Islam, c’est pas ça. Moi, c’est clair dans ma tête », invitant chaque courant, « à faire le ménage » dans ses rangs.

Pendant la minute de silence, des têtes se baissent, des yeux se ferment ou fixent droit devant. Puis les gens se séparent, vont reprendre le cours de leur vie. Des petits groupes clairsemés se retrouvent pour échanger sur ces événements effroyables qui nous ont frappés ce vendredi 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris, ville des lumières. Parmi les personnes encore sur le parvis, quelques figures du réseau associatif ou délégués de parents d’élèves sont elles aussi présentes, affligées de vivre ce que beaucoup redoutaient, voire pressentaient, mais renforcées plus que jamais dans leur engagement.

Avant de se séparer chacun se promet d'agir à son niveau, de devenir bénévole de son destin, en pensant à l'avenir de leurs enfants, qu'il est hors de question de laisser sacrifier sur l'autel de l'ignorance.

Par Saliha Medarbi


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