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RER D : “On se sent vulnérable”


Le RER D transporte 550 000 voyageurs chaque jour* en moyenne et dessert des points névralgiques de la capitale. Gare du Nord (Thalys, Eurostar), Châtelet, Gare de Lyon. Le RER D, nombre d’habitants de VISAGO l’empruntent chaque jour pour rejoindre Paris ou la fac de Saint-Denis. Comment ces usagers ont-ils vécu cette semaine si particulière ? Entre peur, panique, fatalité, ils se livrent.

« lundi, tu vas au travail. Pas le choix. Tu te dis qu’il faut y aller, que les habitudes doivent reprendre le dessus mais dans le RER, j’étais pas sereine ». Une habitante de Villiers-le-Bel résume en quelques mots le sentiment de tous…

Car toute la semaine, les terribles attentats de vendredi 13 novembre 2015 sont dans toutes les têtes. Les usagers du RER D n’échappent à la règle. Le gouvernement a prévenu : les terroristes peuvent encore frapper. Or, les transports sont une cible de choix, comme nous le rappelle l’attentat déjoué dans le Thalys le 21 août 2015.

Lundi 16 novembre, chacun essaie de gérer l’angoisse comme il peut à bord du RER D. Tout semble normal mais le train est plus silencieux que d’habitude…bien que toujours aussi bondé. Chacun est plus vigilant « tout le monde se regarde », nous dit cette habitante de Sarcelles, voire plus méfiant « on n’est pas tranquille ». Une habitante de Villiers, elle aussi usagère du RER D, confirme : « je me suis fait des frayeurs. Un gars à capuche, tête baissée avec un gros sac. Avant, je ne l’aurais même pas regardé. Là, je l’ai scruté. Tu te mets à psychoter. Il faut s’assoir où ? Rester debout ? Près de la porte ? Tu ne peux même pas briser la vitre, il n’y a plus de marteau, non ? ll n’y a plus qu’à espérer que les balles ne t’atteignent pas.»

Et le renforcement des messages de sécurité et des forces armées dans les gares ne semblent pas rassurer : « bien sûr qu’il y a plus de militaires mais ils ne sont pas dans le wagon ! ». Du coup, d’autres, philosophes, préfèrent le fatalisme : « si ça doit arriver, ça doit arriver »...et la dérision : «je ne peux pas prendre un jet non plus pour aller au boulot ! »

Si vous constatez un bagage abandonné…

Une autre usagère régulière de la ligne sur le tronçon Paris-Villiers-le-bel-Arnouville-Gonesse préfère également en rire : « Les messages de sécurité ? Des barres de rire : ‘Si vous constatez un bagage abandonné parlez-en à votre voisin’. Et après, on fait quoi ? » D’autres usagers constatent aussi l’effort d’information de la SNCF mais s’étonnent car les messages ne rassurent pas forcément voire renforcent l’inquiétude « ça tourne en boucle ». Sélection rapportée par nos interviewés : « des personnes non autorisées sont entrées en zone dangereuse » « alerte maximum » « le numéro spécial pour vous-mêmes et vos proches. » Le malaise est réel mais personne ne veut céder à la panique.

Dans le RER, je ne suis pas fière. J’ai la trouille

Mercredi 18 novembre, je me lève avec l’info de l’assaut à Saint –Denis. Dans le RER, je ne suis pas fière. J’ai la trouille. Dans le RER D pourtant, pas de psychose mais une fréquentation moindre de cette ligne qui dessert deux points à Saint-Denis (Saint-Denis Ville et Stade de France). Toutes les tactiques sont bonnes pour éloigner le risque : « moi je suis parti plus tard », « j’ai regardé transilien, il disait trafic maintenu », « je suis restée chez moi ! A la radio, la consigne était : évitez Saint-Denis » « j’ai pris la voiture. Je suis partie à 9h30, ça roulait bien, même mieux que d’habitude »

« Pourquoi le RER et le métro sont en open bar ?»

La sécurisation des lieux publics est un casse-tête pour tous les transporteurs ( SNCF, RATP, Avion…).Tout le monde veut plus de sécurité mais qui est prêt à payer plus cher et à subir des retards sur la ligne ? Peut-être les récents attentats vont-ils changer la donne pour plus de contrôle dans le RER : « Dans les magasins, on te demande d’ouvrir ton sac. Ok, ça prendrait plus de temps dans les transports, tout le monde est pressé. Mais ça rassure et ça dissuade. Les gens sont prêts à jouer le jeu.» D’autres mesures pourraient être prises, selon cette habitante : « Le problème, c’est qu’on se sent vulnérable. Pourquoi le RER et le métro sont open bar ?! Pour prendre l’Eurostar, tu as des sas. Tu ne rentres pas comme cela. Pourquoi pas des détecteurs de métaux dans le RER ? ça semblait impossible aussi dans les aéroports et il y a eu le 11 septembre… Les USA ont imposé des normes très strictes que le monde entier respecte. » L’attentat survenu à Saint-Michel interrogent certains : « on a tiré quels enseignements en termes de sécurité ? » (ndrl : attentat dans le RER B le 25 juillet 1995).

Quoi faire ? télétravailler… droit de retrait… venir quand même

Tous n’en ont pas la possibilité mais ceux qui travaillent en bureau à la Défense et ailleurs auraient peut-être aimé que leur employeur les autorisent à travailler depuis la maison « pourquoi au boulot, on ne le propose pas ? » « Au moins, j’ai appris que je pouvais utiliser mon droit de retrait. J’hésiterai pas.» Celui-ci a notamment été déclenché par des conducteurs RATP mercredi 18 novembre. « Au travail, on m’a présenté un rescapé du Bataclan. Il ne voulait pas rester seul chez lui. Ça m’a marqué. » Ces interrogations d’autres les balaient semble-t-il « Jeudi soir, je prends le RER à Châtelet pour rentrer à Sarcelles. Il y a un bagage abandonné. On sort vite du wagon et on le signale aux agents de régulation. Ils ne semblent pas inquiets. On le dit aussi aux personnes qui vont pour monter mais ils montent quand même ! Le train est parti. Il n’y a rien eu. Moi, je ne suis pas montée. » Inconscience, fatalisme, minimisation du risque ?

2h de cours, 2h30 de voiture mais l’école avant tout

Face à la peur et l’angoisse, nous réagissons tous de manière différente. Cette mère de famille refuse que le terrorisme lui dicte son comportement : « Jeudi matin, mon fils aurait préféré ne pas aller à la fac car il n’avait que 2h de cours. La menace était levée. Je lui ai dit :’si, on y va’... On a mis 2h30 pour faire Villiers-le-Bel - Saint Denis en voiture. Galère mais l’école, c’est important. » A chacun ses solutions. Une chose est sûre, sur le RER D, tous veulent continuer à vivre normalement, avec une sécurité renforcée et surtout ne pas laisser le terrorisme et l’obscurantisme remporter la victoire. La France, pays des lumières. Plus que jamais.

*Source Wikipédia

Par Christelle Evita


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