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Régionales 2015 : Val de France, morne plaine


On ne s’est pas bousculé devant les urnes dans nos villes pour le premier tour des Régionales. Citoyens démotivés, abstention record, jeunes aux abonnés absents… et un Front national qui fait une percée.

Au nord de Paris, au nord de Sarcelles, calme plat. A peine plus d’un habitant sur quatre a voté. C’est dire l’intérêt. Au bureau N° 6, on attend le client. A 10 h, 23 votants, à 19 h 30 on demande encore de l’aide pour dépouiller. Même pour un sandwich jambon beurre, y a personne pour se mettre sous une loupiotte camping gaz pour énoncer le nom des candidats. C’est dire l’ambiance, pire qu’à l’hôtel du Nord en 38. « Atmosphère, atmosphère, j’ai une gueule d’atmosphère moi ? » Oui la gueule, une atmosphère irrespirable. De l’air, vite ! Circulez, y’ a rien à voir !!!

On croise quand même Jacques G, plutôt remonté : « Comme toutes les campagnes locales et nationales c’est une empoigne de promesses, de piques, de communication, de mensonges, de discours contre républicains… bref les professionnels de la politique nous « endorphinent ». Et le Sarcellois de nous expliquer qu’il faut réinventer la démocratie : « La solution du tirage au sort est certainement une des plus adaptées avec la possibilité du mandat unique d’une durée limitée ». Et pourtant, Jacques G a voté…. blanc. Contre ceux qu’il appelle les « professionnels de la politique »; il estime qu’il faut « désigner des personnes citoyennes volontaires et motivées sur un mandat unique limité ».

« On a perdu notre culture nationale »

En attendant cette nouvelle démocratie, l’ancienne ne se porte pas très bien. A Villiers le Bel aussi, seul un électeur sur quatre s’est déplacé. Et le FN frôle les 25 %... Quand on demande aux électeurs si les attentats ont influencé leurs votes, une mère de famille répond : « Cela n’a fait que nous renforcer » tandis qu’une autre, la quarantaine : « Ah beaucoup oui beaucoup beaucoup ». On n’en saura pas plus.

En revanche les électeurs sont beaucoup plus prolixes quand il s’agit d’aborder les compétences régionales. Avec une focalisation sur les transports : « J’ai 3 h de trajet par jour », dit la mère de famille avec ses deux enfants. Une femme la soixantaine renchérit : « Pour aller à la gare, ils sont jamais à l’heure ! ». Et un père de famille d’approuver avant de souligner que la région, c’est aussi la culture : « Jusqu’à présent il y eu une prédominance de la culture urbaine au détriment d’une culture nationale qu’on a perdue depuis 20 ou 30 ans, sur tout ce qui a pu faire la France avant, le moyen âge jusqu’au jour d’aujourd’hui. Ce n’est pas normal de se retrouver maintenant avec l’islam ou la religion là dedans alors qu’il y a des sites archéologiques très importants dans le val d’Oise…»

Il est bientôt midi à la sortie de l’école Gérard Philippe. Des passants ignorent les bureaux de vote…

- Vous n’allez pas voter ?

- Non, je suis au chômage depuis 2013 et personne ne m’écoute, je ne trouve pas de logement. Une maman se lâche : « Je ne vais pas voter aujourd’hui mais j’irai dimanche prochain. Mon fils de 8 ans m’a demandé pour qui j’avais voté…. Je ne lui ai pas répondu, mais là j’ai peur que si le FN passe, je serai responsable de ce que je lui laisse ».

« On vote parce qu’on est Français ! »

A l’école Marie Curie, au milieu de l’après midi, une petite fille aide le "préposé" aux urnes à bien prononcer le nom de famille de ses parents (très long) d'origine indienne. Elle lui répète plusieurs fois très vite comme quelque chose de facile alors que le préposé annone ; toute le monde sourit devant son insistance....

A la sortie du bureau, on rencontre cinq jeunes qui choisissent de dire que s’ils ont voté… c’est parce qu’ils sont Français ! Mais encore ? Faut-il se justifier parce qu’on est noir, métis ou d’origine indienne ? Ils ont chacun leur raison

- Pour que la France aille bien.

- Pour que ça change.

- Si on ne vote pas on ne peut pas dire "qu'est ce qu'il fait là celui-là ?"

- Il faut participer, c'est important et c'est bien que ce soit à bulletin secret.

Le FN en force à Arnouville

A Arnouville, les citoyens qui accomplissaient leur devoir électoral ce dimanche 6 décembre 2015, se sont succédés dans le calme au rythme d’environ 50 votes exprimés par heure. Le silence de l’isoloir, le dépôt de l’enveloppe, la signature.

Chacun reste sur son quant-à-soi. Et la moyenne d’age est élevée.. Michel Poty aujourd’hui bénévole et employé aux services techniques de la ville, un citoyen convaincu et actif, déplore la démobilisation des jeunes : ’’Ils sont …comment dire ? Indifférents, et pourtant ils sont les premiers concernés’’. Une dame âgée survient et confirme - ‘’ Les jeunes y viennent pas c’est eux qui vont le payer ‘’.

L’addition arrive un peu plus tard dans la soirée : dans la ville, c’est le Front National de Wallerand de Saint Just qui arrive en tête avec 31,6 %...

Mais avec 56 % des inscrits, c’est bien l’abstention qui l’emporte largement dès le premier tour à Arnouville. Cette majorité sans tête de liste est toujours qualifiée pour le second

tour…

Par Eric Le Braz

avec MOP et Jean-Claude Glaisner à Sarcelles,

Agnès Desfosses, Yougourthene Kechit et Robert Liatard à Villiers le Bel,

Jacques Hasboun à Arnouville