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Devenez l’Ami(e) d’Amy !


Elle a de l’énergie à revendre Amy. Et un projet enthousiasmant pour réveiller les parents assoupis de Villiers-le-Bel. Mais écoutez-là parler, elle donne envie de la rejoindre…

« Il faut être de bonne humeur pour les enfants ; c’est important et nos soucis ne les regardent pas » affirme Amy Faye avec un large sourire. Pourtant avec un ascenseur souvent en panne et des provisions à monter sur plusieurs étages pour nourrir sa petite tribu, Amy Faye pourrait se plaindre. Mais ce n’est pas dans le caractère de cette maman venue du Sénégal. Après huit années passées comme cuisinière au Liban où elle a connu les bombardements, elle s’est installée depuis 2004 à Villiers-le-Bel. Pendant ces dix années Amy Faye a beaucoup observé la vie autour d’elle. Et aujourd’hui elle a un projet…

Vous êtes en train de créer une association ; pourquoi ? Et pour qui ?

L’association s’appelle "SURSAUT-Villiers le Bel", le sursaut c’est quand on dort et qu’on se réveille…

Il faut se réveiller à Villiers-le-Bel ! J’ai envie de bouger pour que les choses changent, que nos enfants réussissent à l’école et que les mamans puissent s’épanouir. Il y a beaucoup de mamans qui restent à la maison parce qu’elles ne se sentent pas bien et ça explique en partie l’échec scolaire de nos enfants. Je veux d’abord mener un combat avec l’école Ferdinand Buisson où sont mes enfants, et peut être après plus loin ; mais il y a un proverbe africain qui dit « avant de balayer dehors, balaye d’abord ta chambre ».

Ce combat c’est pour les femmes et les enfants : ici les papas surtout les papas africains, n’aiment pas s’occuper des enfants. Ils participent très peu à la vie de la famille ; souvent ils ne s’intéressent même pas à l’école. C’est vraiment dommage : ils ne se rendent pas compte qu’ils ratent beaucoup de choses, les petit mots marrants, les confidences…

A votre avis qu’est ce qui manque à ces enfants ?

Beaucoup de nos enfants sont nés en France mais ils ne savent pas ce qu’est la culture française et ils restent enfermés chez eux : ils n’ont ni leur culture ni celle de la France ; on doit avoir notre place, c’est mon combat.

Mais vous même comment élevez vous vos enfants pour qu’ils aient cette double culture ?

J’ai fait beaucoup de visites avec mes enfants : la butte Montmartre et le Sacré Cœur, le château d’Ecouen, le parc Monceau, la place de la Bastille, le château de Versailles, la place de la Concorde, l’obélisque et l’Arc de Triomphe, le jardin d’Acclimatation, la Tour Eiffel, les Buttes Chaumont… Je veux qu’ils sachent ce qu’il y a de beau en France… Je suis parfois accompagnée par ma cousine et ses filles… En général on prend le bus, c’est plus écologique : je veux aussi que mes enfants comprennent qu’il y a d’autres transports que la voiture… pour moi l’écologie, c’est important. A la maison on respecte le tri des déchets : on a trois poubelles… Nous qui venons de l’étranger, nous nous conduisons souvent mal et la ville est sale.

Mais comment leur faites vous connaitre la culture africaine ?

Je leur parle beaucoup, en français bien sur pour qu’ils ne soient pas perdus à l’école, mais aussi en sérère, notre langue, celle de Léopold Senghor. L’ainé a passé deux ans au Sénégal chez mes parents et il parle aussi couramment le wolof, notre autre langue nationale.

Et puis nous allons au Sénégal à peu près tous les deux ans et quand ils y vont, les enfants comprennent tout, ils aiment la nourriture, ils savent que leur origine c’est l’Afrique… Je leur parle de mes grands parents même s’ils ne sont plus là. Je leur dis des proverbes… mais on vit en France et il faut savoir s’adapter. Je suis Sénégalaise et je n’ai pas encore demandé la naturalisation mais je pense le faire : ça ouvre beaucoup de portes et je voudrais avoir mon mot à dire au moment des votes.

Comment voyez-vous le rôle de l’école ? C’est important l’école ?

Bien sur, moi je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école et ce que j’ai appris, c’est en France. Pendant plusieurs années j’ai travaillé pour une vieille dame à Paris je l’aidais à faire sa toilette, tous les jours ; parfois même j’y allais avec les enfants parce que je n’avais personne pour les garder. Et j’ai pris des cours, une dame m’a aidée, je ne la remercierai jamais assez. Et je voudrais que les mamans puissent lire leur courrier sans avoir à demander de l’aide ; parler la langue française c’est une autonomie indispensable.

Justement quel sera le rôle de l’association "SURSAUT-Villiers-le-Bel" ?

Nous avons plusieurs projets, je dis nous parce que nous sommes quatre mais nous accueillerons avec plaisir ceux qui voudront nous rejoindre. Déjà, pour les femmes qui ont du mal à parler, nous voudrions organiser des petits groupes de parole une ou deux fois par semaine, à leur demande, aux jours qui les arrangent. Il y a beaucoup de mamans qui ne se sentent pas bien et quand les mamans vont mal, les enfants vont mal. Il faut qu’elles sortent de la maison, qu’elles aillent vers les autres pour se changer les idées. Comme elles sont tristes, elles n’aident pas leurs enfants en leur posant des questions, en leur demandant par exemple ce qu’ils ont mangé à la cantine. Il faut toujours essayer de dialoguer avec ses enfants. Il y aura aussi pour elles des cours d’alphabétisation.

Mais cela n’existe pas à Villiers-le-Bel ?

Non, pas comme ça ; mais à la mairie il y a des personnes qui sont prêtes à nous aider, à nous envoyer des jeunes qui s’occuperont des petits pendant que les mamans échangeront avec nous. Et nous avons aussi de l’aide pour le local dans les maisons de quartier ou par OSICA avec qui travaille monsieur Fofana, un des fondateurs de l’association.

Et pour les enfants ?

Les enfants font beaucoup de choses en classe et je suis très contente de l’école, peut être aussi parce que je n’y suis jamais allée. Je trouve que les enseignants ont des méthodes très intéressantes. Nous avons rencontre monsieur Jolly, le nouveau directeur de l’école Ferdinand Buisson ; il connait bien les quartiers populaires et il a déjà commencé à informer les parents. Certains jours l’école va ouvrir ses portes aux parents qui vont pouvoir assister aux cours et voir comment leurs enfants travaillent. Les enfants verront que leurs parents s’intéressent à ce qu’ils font et le soir les parents sauront comment les faire travailler. Comme ça les enfants auront mille chances de réussir, L’éducation, c’est des deux côtés !

Mais beaucoup de parents risquent de ne pas venir…

On fera tout pour les rencontrer et les informer, on fera tout pour les voir et discuter avec eux dans la rue, dans les transports, à la sortie de l’école… On dira aussi aux enfants d’en parler à leurs parents et comme c’est important qu’ils viennent…

Et les sorties culturelles ?

Oui c’est important aussi, je pense aux enfants qui n‘ont jamais vu la mer .Il y a des sorties qui sont organisées à Villiers-le-Bel mais il n’y a pas assez de place. On verra avec les parents ce qu’ils aimeraient faire mais il y a aussi la question financière…

Comment voyez- vous l’avenir de vos enfants ?

Ils ont déjà des idées : l’ainé voudrait être avocat pour défendre les pauvres et lutter contre les injustices ; le cadet aimerait devenir médecin pour soigner et s’occuper de ses parents quand ils seront âgés… Pour l’instant ils aiment leur vie, le sport, le foot et la natation. Ils sont la force de ma vie.

Par Brigitte Liatard

Contact de SURSAUT sursaut.asso@yahoo.fr - Amy Faye 06 50 55 75 21 3 impasse Jean de Villiers - 95400 - Villiers-le-Bel


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