• Mémoire

Un week-end en enfer !


La journaliste citoyenne de Visago Irène Godard est allée visiter les camps de concentration. Elle n’en est pas revenue indemne…

Tous les ans le Mémorial de la shoah (Paris/Drancy) organise une journée de visite du site polonais d’Auschwitz-Birkenau.

J’ai voulu m’y rendre par devoir mémoriel, le sujet de l’holocauste me posant question depuis longtemps. Je n’en suis pas revenue indemne. Il est difficile quand on en revient de résumer cette remontée dans le temps vers l’Apocalypse.

Certaines images vont me hanter longtemps. Et puis comment raconter l’indicible…

Pour parodier le slogan d’un journal, Auschwitz mais surtout Birkenau, c’est le poids des témoignages, le choc de ces images lugubres.

En effet, les bâtiments de Birkenau s’étendent sur 170 hectares, parmi une forêt de bouleaux, et des miradors, entourés de barbelés. Plus de 300 baraques sinistres où subsistent des vestiges de crématoriums et de chambres a gaz (les SS s’étant empressés de détruire ces derniers à la fin de la Guerre pour effacer toute trace de leur crime).

A Birkenau, nous dit la guide, 900 000 personnes en trois ans seront amenées directement aux chambres à gaz : Juifs (dont 400 000 juifs hongrois), tziganes, homosexuels, opposants politiques, témoins de Jéhovah.

Les autres « chanceux » seront eux condamnés à travailler. Et ce dès 2 ou 3 heures du matin, l’estomac quasi-vide.

Lorsque je pénètre dans une de ces baraques, je découvre les latrines « collectives » dénuées donc de toute intimité. Jusqu’où peut on aller pour humilier l’homme?

Comment peut-on vivre encore à Auschwitz ?

La guide nous apprend que pour mieux mentir aux détenus sur leur sort, les camions avec le logo (un leurre!) de la Croix Rouge étaient amenés sur le site. « Ils assuraient les bâtiments mais pas les individus! », dis-je à la guide lorsque nous passons devant une réserve d’eau, prévu en cas d’incendie des baraques.

Devant les restes d’une des chambres à gaz, la guide nous explique que les SS allaient jusqu’à exterminer 1 400 à 2 000 personnes par jour, gazés avec un puissant insecticide, le Zyclon B.

Moment très fort dans cette journée : le recueillement devant le Monument en hommage aux victimes, écrit en 23 langues « Que ce lieu où les nazis ont éliminé 1,5 millions d’hommes, de femmes, d’enfants soit à jamais pour l’Humanité un cri de désespoir et d’avertissement ».

L’après-midi, nous partons à Auschwitz, situé à 1km de BIRKENAU. Le bus passe devant l’actuelle ville d’Auschwitz. Je me demande comment on peut vivre paisiblement dans cette cité marquée par tant de souffrances…

Une trentaine de blocs de bâtiments gris et rouges s’alignent devant nous. L’un de ces blocs a été transformé en musée. Derrière les vitres de certaines salles, apparaissent les restes des valises, des chaussures, des vêtements des victimes. Un silence pesant règne pendant cette visite.

Je me sens perdue. La salle où se trouvent les restes des cheveux m’a paru terrifiante. Je crois que cette image va longtemps me hanter. Les cheveux furent vendus à l’industrie textile allemande !

Où est le Bon Dieu ?

C’est dans ces blocs que le médecin Mengele faisait ses macabres expériences sur les jumeaux. On frissonne devant le passage d’une potence, qui servait à exécuter les récalcitrants. La seule chambre à gaz non détruite se trouve à Auschwitz (camp qui servira d‘abri anti-aérien à la fin de la guerre !).

Mais je ne m’attarde pas trop à la visiter, par décence, peur ou fatigue. On apprend que les cendres des victimes servaient d’engrais…Vraiment une usine de la mort! Je pourrais encore vous raconter ce que j’ai vu et entendu lors de cette journée. Mais à quoi bon rajouter de l’horreur à l’horreur… sur ce qu’on peut appeler « des abattoirs pour êtres humains »

En rentrant de ce voyage et en écrivant cet article, je souhaiterai comme beaucoup que les « leçons » de ce génocide en empêchent d’autres. Mais pourtant il y eut le génocide arménien, rwandais, cambodgien… stalinien. Peut-on comparer, évaluer ces différentes souffrances ?

Est-ce que l’Histoire se répète ? Dans le livre « La nuit » lorsque les Allemands décident de pendre un enfant, un personnage questionne

« Où est le Bon Dieu, où donc est Dieu ? Le voici, il est pendu ici, à cette potence ».

Par Irène GODARD

Bibliographie

Primo Levi « J’étais un homme » - Etty Hillesum « Une vie bouleversée » (cette femme gardera la foi en l’homme et en Dieu malgré Son internement à Auschwitz, ou elle mourra d’ailleurs) - Fabrice d’Almeida « Ressources inhumaines » (ou on apprend que Les gardiens de camps avaient de nombreux loisirs, pour leur Faire oublier leurs atrocités), ‘ Marceline Loridan-Ivens « Et tu n’e pas revenu » - Sarah Friand « Simone Veil, éternelle rebelle ».

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