• INTERVIEW

Policier un jour, policier toujours !


Ils reprennent du service pour rendre service aux beauvillesois. Rencontre avec le Major Rozet nouveau Délégué à la Cohésion Police Population et avec le Commissaire Desjardins ancien DCPP et aujourd'hui Délégué du Procureur…

C’était l’heure d’une retraite bien méritée pour le Major Rozet qui a été pendant huit ans responsable du commissariat de Villiers le Bel. Une activité qui n’a pas été de tout repos ; pourtant il est encore là plusieurs demi-journées par semaine pour sa nouvelle fonction : Délégué à la Cohésion Police Population. C’est dans son bureau du deuxième étage qu’il nous accueille et se confie :

Qu’a représenté le métier de policier, pour vous ?

Rien ne m’y préparait ; je suis d’origine picarde et je devais reprendre l’exploitation familiale et puis, un concours de circonstances…et je me suis retrouvé à l’école de police de Vannes…mais je n’ai pas été déçu, j’ai même beaucoup aimé, ce sentiment d’être utile au quotidien…le métier de policier est enrichissant, si varié avec beaucoup de belles rencontres.

Vous avez de bons souvenirs ?

Oui, bien sur...une de mes plus grandes satisfactions : retrouver un mineur en fugue, récupérer un gamin avant qu’il ne commette l’irréparable...et puis un métier qui s’oriente de plus en plus vers le préventif…en prenant de l’âge on acquiert de la sagesse, le répressif n’est pas tout…,on croit de plus en plus à la prévention, au dialogue j’aime les relations avec les jeunes passer du temps à leur expliquer les actions de la Police Nationale, cela les aide à mieux nous comprendre et à accepter nos méthodes de travail.

Le Major Rozet dans son ses nouvelles fonctions de DCPP.

Vous étiez là en 2007 ?

Oui, des évènements douloureux qui ont marqué les esprits : chacun a essayé de faire le maximum… mairie, associations, police…on a fait un gros travail ensemble, on a tiré les jeunes vers le haut.

Et puis en mai 2008, je m’en souviens bien, j’étais fier d’être là, le premier responsable de ce commissariat pour lequel les habitants s’étaient battus et qu’ils attendaient depuis tellement d’années…je voulais mettre l’accent sur les relations humaines et je disais à mes jeunes fonctionnaires de se conduire avec les usagers comme si c’était des gens de leur famille… quant ils entraient je ne voulais pas les faire attendre… c’est déjà difficile de pousser la porte d’un commissariat...on a fonctionné comme ça, dès le début avec entre 400 et 600 personnes qui viennent chaque mois pour des démarches diverses : procuration, main courante, plainte, piratage sur internet… l’écoute est quelque chose d’essentiel : on est un peu comme une gare de triage : on oriente… certains remercient en mettant un mot sur le registre à l’accueil… Les gens ont confiance en notre institution.

Vous avez des regrets ? Et des projets, bien sur !

Oui je regrette d’avoir passé beaucoup de temps dans mon bureau : j’aime aller au devant des personnes, vous l’avez compris, j’aime les gens, la communication, les rapports humains et surtout je voudrais continuer à me sentir utile aussi j’ai posé ma candidature pour occuper ce poste de Délégué à la Cohésion Police Population et elle a été acceptée.

Ce rôle de Délégué Cohésion Police Population est peu connu…

Oui c’est une fonction récente qui a été créée par le ministère de l’intérieur en 2008 ; nous sommes 5 dans le Val d’Oise : il s’agit surtout des villes qui ont connu des violences urbaines ; c’est un poste qui demande une bonne connaissance du terrain ,des qualités de modération et de discernement, le sens du contact humain. Je me réjouis d’occuper ce poste qui est resté vacant pendant deux ans et de mettre mes compétences au service de la population. J’ai déjà, en plus des rencontres individuelles, des projets de réunions autour de thématiques peut- être en lien avec certaines coutumes culturelles ; je pensais à une réflexion sur les précautions à prendre par certaine femmes par rapport au vol à l’arraché des bijoux par exemple.

A Villiers le Bel, mes missions principales sont de constituer un lien entre la population, les acteurs et les services de Police. Mon rôle est d’être un relai accessible aux habitants, associations et commerçants. Je suis également là pour recueillir les doléances et problématiques exprimées par ces personnes, je les orienter ensuite vers les institutions et partenaires concernés et compétents pour régler leur situation.

Je vais donc reprendre certaines activités du Commandant Desjardins qui a exercé cette fonction pendant cinq ans. Nous étions en lien, il me transmettait certains dossiers, il a fait un gros travail de défrichement mais il a atteint la limite d’âge. Allez donc le voir pour lui demander de vous parler de son expérience !

Nous remercions chaleureusement le Major Rozet ; et c’est à la maison de quartier Boris Vian des Carreaux que le commandant Desjardins nous a donné rendez-vous. On voit qu’il connait bien les lieux et les personnes car, bien qu’il ne remplisse plus cette fonction de Délégué, chacun s’approche ayant quelque chose à lui raconter.

Vous semblez connaitre beaucoup d’habitants à Villiers le bel !

Bien sur, comme vous le savez, j’ai été DCPP pendant 5 ans de 2009 à 2014, j’allais aux réunions trimestrielles des quatre maisons de quartier (calculez vous-même, ça en fait 12 par an) ; on m’interpellait beaucoup sur les questions d’insécurité et je transmettais les informations au commissariat de Sarcelles. J’étais également en contact avec les associations qui m’invitaient, je pense aux associations de locataires entre autres…je pense aussi particulièrement à l’EPDH (Ensemble pour le Développement Humain) ou à Dialogues de Femmes…expliquer à des femmes battues, ou à celles qui les connaissent, leurs droits…c’est un problème qui me tient particulièrement à cœur. Mais souvent ces femmes n’osent pas venir voir la police ; elles s’adressent plutôt à la maison de la Justice et du Droit ou à une association qui peut ensuite me contacter et j’aide cette personne à porter plainte.

C’est sans doute avec les jeunes qu’il y a le plus de travail d’information à faire ?

Oui ; je suis beaucoup intervenu dans les classes des trois collèges, au lycée Pierre Mendès France, à l’Institut des Métiers de l’Artisanat, au foyer Solidarités et Jalons par le Travail, accompagné de monsieur Vallet, le délégué du préfet. L’accueil était généralement bon et il y avait beaucoup de questions. Parfois ces jeunes avaient eu de très mauvaises relations avec la police et on sentait des tensions ; je disais aux jeunes : « allez, videz votre sac ».Ils sortaient tout ce qu’ils avaient sur le cœur, je les écoutais, je leur expliquais, l’agressivité tombait et souvent ils me posaient des questions sur les carrières dans la police. Elles sont nombreuses et variées ; on peut ensuite se spécialiser …J’ai aussi emmené des jeunes qui en rêvaient visiter la tour de contrôle de Roissy, je connaissais quelqu’un qui y travaillait… j’ai été enseignant au tout début de ma carrière…

Monique notre journaliste citoyenne en compagnie du Commissaire Desjardins

prenant la pose devant la Maison de quartier Boris Vian.

Vous nous avez décrit votre mission d’information dans un cadre de prévention ; mais vous avez certainement aussi le souvenir d’interventions particulières ?

En effet il y a une action qui m‘a beaucoup marqué. Il s’agissait de six ou sept jeunes mineurs beauvillesois soupçonnés d’avoir commis de graves dégradations et qui étaient en garde à vue au commissariat de Gonesse. La garde à vue se prolongeait et les familles, inquiètes et accompagnées d’amis et de voisins qui le soutenaient s’étaient massées en nombre à la mairie de Villiers le Bel. Le maire m’a alors demandé d‘intervenir : j’ai pu écouter les familles, leur expliquer le rôle de la garde à vue et sa durée, leur dire les droits de leurs enfants et répondre à leurs inquiétudes que je comprenais. Les jeunes ont ensuite été déférés devant la justice. Mais nous avons eu chaud, comme on dit ; il aurait pu y avoir un dérapage et j’ai vraiment senti l’importance de mon rôle au cœur de la cité.

Bien sur, mais vous avez sans doute d’autres souvenirs moins dramatiques ?

Tout à fait, une autre fois j’ai été sollicité par la principale d’un des collèges pour un élève qui posait problème ; je veux rester discret sur ce cas. Cette principale souhaitait régler la situation d’une façon à la fois disciplinaire et culturelle et comme je connaissais bien le président de l’association de cette communauté, j’ai pu organiser une rencontre pour régler ce conflit Ma mission consistait essentiellement à recréer du lien. Je me vois essentiellement comme un facilitateur.

Et maintenant ?

Vous l’avez compris, j’ai aimé tout ce que j’ai fait au service da la population. Je me souviens encore d’un vieil instructeur, quand j’étais à l’école de la police qui nous avait dit que la plus belle des missions était la sécurité publique, J’ai exercé ce métier avec passion pendant trente ans. Mais maintenant ce n’est toujours pas la retraite, d’ailleurs je n’aime pas ce mot…alors j’occupe à mi- temps la fonction de Délégué du Procureur. J’interviens quand il s’agit de prendre des mesures alternatives aux poursuites, comme le rappel à la loi, pour inciter la personne à ne pas recommencer ou pour effectuer des mesures de réparation s’il y a eu dégradations par exemple. C’est tout à fait intéressant pour la personne car elle n’a ensuite pas de casier judiciaire.

Deux témoignages riches d’humanité…

Par Monique Kotchoffa et Brigitte Liatard

Contact : Major Daniel Rozet

Délégué à la Cohésion Police Population

Commissariat de Villiers-le-Bel.

Les mardi, mercredi et jeudi de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h.

Tél : 01 34 29 68 44

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