• INTERVIEW

L'art de Caline…


Il y a ceux qui jouent sur la terre battue et ceux qui se jouent de la terre cuite. "Caline" fait partie de la deuxième catégorie. Rencontre avec une artiste complète.

Caline a d’abord été enseignante dans ce qu’on appelait alors la classe relais pour des enfants en difficulté ; « J’aurais aimé m’orienter vers une carrière artistique : toute ma famille avait fait les Beaux Arts mais ma mère considérait que c’était trop peu lucratif et j’ai donc fait des études pour devenir professeur des écoles puis je me suis spécialisée. J’ai adoré mon métier et mes élèves, d’abord en classe fermée puis en classe ouverte. Il y avait tellement de choses à faire avec eux ! J’avais même commencé à écrire un livre avec toutes les expériences que j’avais menées avec mes élèves, tout ce qui était facile à mettre en œuvre pour aider les enfants en difficulté à s’épanouir ».

Et il a fallu tout un concours de circonstances pour faire quitter à Caline, après de longues années, ses chers élèves : « je me posais déjà beaucoup de questions sur l’enseignement qui enfonçait les élèves au lieu de les encourager… j’avais aussi un fils qui était précoce et en échec au collège ; j’ai compris que l’école n’arrivait pas à assumer son rôle et que les enfants devaient s ‘adapter au système, et non l’inverse…et puis une inspectrice est venue me voir ; elle m’a félicitée mais m’a dit que je devais rentrer dans le moule et faire pour mes élèves des projets à durée déterminée au lieu de respecter leur rythme… ».

Caline en plein travail.

Heureusement elle avait déjà fait une rencontre qui allait changer sa carrière « c’est grâce à une maman d’élève aquarelliste, je lui dois beaucoup, elle a commencé à m’initier… Puis j’ai suivi des cours de fusain, de pastel et, en 2001, j’ai pris une année sabbatique aux écoles Boulle et Duperré. J’ai été conquise… mais je n’ai pas pu reprendre le chemin de l’école… »

Et tu ne regrettes pas ce changement de cap ?

Dans la situation actuelle de l’éducation nationale, non… Je travaille aujourd’hui avec autant de passion en art que lorsque j’étais enseignante avec toujours plein d’idées en tête et le regret de ne pouvoir toutes les réaliser.

Tu maitrises deux techniques apparemment assez différentes : l’aquarelle et la sculpture ?

J’ai fait beaucoup d’aquarelles mais c’est très manuel, pas assez spontané pour moi. On ne peint pas ce que l’on voit mais en fonction des effets que l’on veut. Je sculpte de plus en plus, la sculpture, c’est moins mental, c’est du dessin dans l’espace.

Comment choisis-tu tes sujets ?

Pour moi c’est l’émotion qui crée le choix du sujet ; je tente de mettre en forme mes émotions, en peinture comme en sculpture. J’ai envie de travailler tout ce qui me touche mais je suis de plus en plus exigeante avec moi. J’ai des modèles préférés et puis j’aimerais beaucoup représenter des enfants mais il n’est pas facile de les faire poser !

Fais-tu beaucoup d’expositions ?

»Oui, plusieurs dizaines par an, surtout pour le plaisir de rencontrer des amateurs et d’avoir des échanges ; c’est très enrichissant. J’ai exposé en Autriche, en Allemagne, en Belgique mais aussi à Tel-Aviv en Israël, et même en Chine ! Et bien sûr à Paris et dans le Val d’Oise. Je suis souvent invitée d’honneur ; on m ‘a aussi proposé d’être sociétaire des artistes français et je suis membre de la fondation Taylor.

(Il semble important de mentionner quelques prix et récompenses de ton talent : La palette d’Or à Arnouville (aquarelles). Prix de la sculpture au Salon de L’Isle Adam. Médaille d’or au salon des arts de Taverny,. Prix de la sculpture du conseil général à Pontoise… )

Comment définirais-tu la beauté ?

La notion du beau est certainement subjective dans la mesure où peu d’œuvres font l’unanimité et c’est là toute la richesse de l’art. Il y en a pour tous les gouts mais il faut distinguer un beau travail d’un travail qui vous plait Le beau est harmonieux. Certaines œuvres font preuve d’une maitrise extraordinaire mais ne vous touchent pas et d’autres, parfois maladroites, peuvent vous émouvoir et même vous bouleverser »

L’art moderne, ou contemporain ne te déroute-il pas, alors que tu as une facture assez classique ?

En matière d’art, la qualité vient autant de l’émotion que suscite l’œuvre que de la pratique, parfois aujourd’hui méprisée. Les grands peintres d’autrefois travaillaient énormément pour avoir cette maitrise extraordinaire. Je pense souvent qu’ils se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient ce qui s’expose aujourd’hui et ce qui est promu par un marché de l’art complètement artificiel.

Est-ce une régression ?

Non. Il existe en art, comme ailleurs, des choses de qualité qui, à cause des modes, peuvent tomber dans l’oubli et ça c’est vraiment dommage. Tout le monde sait que le plafond de l’Opéra de Paris a été peint par Chagall mais tout le monde a oublié le nom de Paul Baudry qui a passé dix ans de sa vie à décorer le foyer de l’Opéra Garnier. Une vraie merveille qu’il ne faut pas manquer d’aller voir.

Ta vision de l’art semble finalement très classique ?

L’académisme était peut être un excès à vouloir uniformiser et contraindre l’artiste à rentrer dans un moule mais nous sommes sans doute tombés dans l’excès inverse à vouloir une écriture personnelle et originale même s’il n’y a pas un vrai travail derrière ; Actuellement tout le monde a en tête que des artistes, au début déroutants, sont devenus très connus par la suite et ce n’est pas vraiment le coup de cœur qui dicte les achats mais, inconsciemment, l’envie de collectionner quelque chose qui peut être deviendra célèbre.

Pourtant, dans son atelier, Caline n’a pas oublié ses élèves, pas plus qu’ eux ne l’ont oubliée et, émue, elle nous montre le SMS que vient de lui envoyer une ancienne élève, heureuse d’avoir retrouvé son ancienne enseignante, trente ans après …Devenue mère de famille, Angélique lui écrit : c’est grâce à toi que je m’en suis sortie, je ne t’oublierai jamais, tu étais tellement douce… »

Par Brigitte et Roberto Liatard

ACTU : Caline Muller à la Galerie Etienne de Causans

25 rue de Seine 75006 Paris.

Du lundi 23 mai au dimanche 5 juin inclus.

Vernissages les mardi 24 mai et jeudi 2 juin après 18 heures Caline expose en compagnie de ses amis Jean-Pierre Mosca (photographe) et Latchezar Ochavkov (peintre)

Site web : ICI

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