• PREVENTION

JAMAIS SANS MON CASQUE !


Avec les beaux jours certains motards ont repris leurs acrobaties aussi dangereuses pour eux que pour ceux et celles qu’ils croisent sur la route. Rencontre avec le CLJ 95 et quelques jeunes devenus des "ambassadeurs de la prévention routière"…

Une petite pluie glacée tombe sur le stade Marie-José Perec de Villiers le Bel mais il en faudrait davantage pour décourager Cassandra, Ryan et Moussa. Ces trois adolescents de quatorze ans, élèves de 4ème, déjà passionnés de moto, sont venus, ce mercredi après midi au local du CLJ, témoigner de leur parcours.

Garçon ou fille, de la moto ou du scooter, à douze ans, ils en avaient déjà tous fait : à Villiers le bel ou au bled, comme conducteur ou comme passager et plutôt sans casque… "quand on voyait les motos passer, ça nous faisait trop envie, on voulait faire pareil"…

Et puis il y a eu, à Saint Etienne en 2015, ce stage de quatre jours qui leur a été proposé par les éducateurs avec lesquels ils font du foot : au programme des visites plutôt culturelles : Michelin, Vulcania (c’est ce tout le monde a préféré), Volvic, une balade au Puy de Dôme… « les visites, c’était bien, surtout Vulcania, mais on était surtout pressés de faire de la moto: le premier jour on a fait du simulateur, il y avait des motos de 50,80 et même 110 cm3 ; on avait la tenue, la combinaison, c’était trop bien ! Et puis il y avait trois circuits ; on a d’abord fait le petit circuit , le second est plus difficile : il y a des montées et des descentes et des plots à contourner, et le troisième c’est pour les habitués…on a appris à bien passer les vitesses, à réagir face à des obstacles, à contourner, à ralentir… on a conduit des motos de plus en plus puissantes et on a appris à bien maitriser. On était aussi avec des lycéens et des lycéennes ; mais on aurait aimé faire plus de moto… L’année prochaine on espère repartir ; ce serait à Montalivet. On nous a aussi montré un casque après un accident ; si le motard ne l’avait pas porté c’est sa tête qui aurait pris…ça fait réfléchir ».

​​« Ca fait réfléchir », l’expression revient souvent dans les échanges et tel est bien le but poursuivi par les éducateurs du CLJ, et particulièrement par Eric Dando qui accompagne ces jeunes et qui confirme « au cœur du métier d’éducateur, c’est ça : faire découvrir et faire réfléchir… »

Qu’est ce que c’est qu’un CLJ ?

C’est un terme un peu sympa pour désigner la prévention de la délinquance ; cela signifie Centre de Loisirs pour les Jeunes. Dans le Val d’Oise plusieurs ont fermé mais il en reste encore un ici et un à Cergy. A Villiers nous leur proposons des activités sportives ; ils sont inscrits à l’année et viennent le mercredi et pendant les congés scolaires. Nous sommes trois à les encadrer : deux policiers spécialisés dans la prévention et moi qui suis éducateur. Le CLJ est le résultat d’un partenariat entre la commune et le ministère de l’intérieur.

Ces jeunes sont nombreux ? comment les recrutez-vous ?

Cette année ils sont 86 entre 12 et 17ans qui se sont inscrits directement avec un copain ou qui nous ont été envoyés par leurs parents ou par le collège.

Et ceux qui ont pu partir à Clermont Ferrand ?

Nous organisons deux stages par an aux vacances de printemps et à l’automne ; nous les emmenons en mini- car rencontrer d’autres jeunes au CLJ de Clermont Ferrand mais c’est une récompense pour ceux qui se sont le plus investis dans un maximum d’actions. On constate un changement impressionnant pendant ce séjour : ils arrivent tout excités surtout quand ils se voient en combinaison ; mais on leur fait faire des exercices d’équilibre, ils voient des filles qui sont meilleures pilotes que des garçons, plus calmes et, ça les fait réfléchir. Ils apprennent les techniques et, au retour, ils font moins les fiers.

Ce ne doit pas être si simple…

C’est vrai, mais c’est la priorité de notre CLJ ; il s’agit de resserrer une relation brisée entre la police et les jeunes après 2007 et la mort de Laramy et Moushin. Le réflexe, après un accident, ne doit pas être de tout casser, ça doit être d’aller voir la famille, de s’occuper des autres. Et puis, faire de la moto ce n’est pas tout : il faut en faire bien. A Villiers le Bel on peut épater la galerie sur la roue arrière mais en sortant de Villiers, les jeunes se rendent compte qu’ailleurs, ça ne fonctionne pas. Alors je travaille avec eux la notion de choix et le risque d’escalade, quand on ne met pas de casque. A vouloir être libre, on risque de perdre beaucoup de liberté…

Oui, je crois que vous les emmenez à l’hôpital de Garches ?

En effet, on va voir d’autres jeunes, à peine plus âgés qu’eux. Ils ont perdu l’usage de leurs membres à la suite d’un accident de moto et sont en fauteuil roulant ; après un premier sentiment de malaise, ils ont ensemble des discussions super-intéressantes. Là aussi ils réfléchissent : je ne suis pas avec eux en termes de morale mais de conséquences de ses actes, et c’est beaucoup plus efficace.

Sans aucun doute, mais, malheureusement, vous ne touchez que quelques adolescents…

Ces jeunes qui ont suivi tout le parcours deviennent des ambassadeurs pour leurs camarades et vous savez bien comme les infos passent entre pairs. Ils sont actuellement 18 ambassadeurs, garçons et filles de tous les quartiers de Villiers le bel. Je pense à Mamadou qui nous accompagne pour apprendre les gestes qui sauvent ou à Damien qui est en 3ème et intervient avec un adulte dans les écoles. Ils deviennent nos alliés.

Parce que vous intervenez dans les écoles ?

Bien sur, ce stage de moto est la partie la plus spectaculaire ; c’est l’aboutissement de tout un processus de formation à la sécurité routière que nous, les trois responsables du CLJ. assurons dans les écoles sur des thèmes divers comme les panneaux routiers ou l’’accident. On intervient dans 7 écoles beauvillesoises sur 9 et on organise des sorties dans la ville. Les enfants passent le permis piéton en CM1 et le permis vélo en CM2. Puis on leur remet des diplômes...

Et au collège ?

Cette éducation à la sécurité routière a été officialisée par une circulaire de 2013, elle fait partie des compétences sociales et civiques du socle commun à tous les collèges ; il s’agit d’’inciter les jeunes à adopter un comportement responsable. Nos interventions occupent 18 heures de la scolarité d’un collégien. Nous œuvrons avec des partenaires associatifs comme IMAJ (Initiatives Multiples d’Actions auprès des Jeunes) qui forme au code de la route, le PIJ (Point Information Jeunesse) qui fait travailler sur des simulateurs, et nous, au CLJ, nous enseignons aussi les gestes qui sauvent..L’étape suivante est le SSR2 qui permet aux adolescents de conduire une 125 cm3 ce qui est d’ailleurs une condition pour le passage du permis de conduire.

Un beau travail de prévention, qui ne devrait pas tarder à porter ses fruits pour le mieux être des jeunes, de leur famille et des habitants de nos quartiers.

Par Brigitte Liatard

En savoir plus

http://cij.valdoise.fr/

www.erasmusplus-jeunesse.fr

www.preventionroutiere.asso.fr

#CLJ95 #VilliersleBel

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