• Rentrée littéraire

4 bonnes raisons de lire !


Après notre article sur la rentrée littéraire et pour ceux qui ne verraient pas toujours de raisons pour lire. En voici quatre. Et elles sont plus que bonnes !

1 Lire pour le plaisir

Peut-être, d’abord : rendre hommage à l’Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo), ce courant littéraire créé en 1960 qui alliait la rigueur mathématique à la littérature et au langage. Le mot ‘ouvroir’ à lui seul est signe d’optimisme, d’ouverture. Les adeptes de l’OuLiPo s’assignent des contraintes d’écriture pour favoriser leur stimulation. Ils nous ont offert ou proposé donné des ouvrages épatants tels que La Disparition de Georges Pérec (où l’on comprend mieux que jamais l’importance des synonymes), Les exercices de style de Raymond Queneau ou ses Cent mille milliards de poèmes. La liberté par la contrainte ou la contrainte pour la liberté, quel délicieux paradoxe !

En découvrant régulièrement de nouvelles choses, le goût de la lecture vous prendra, car lire pour le plaisir devrait être le but ultime.

Dans Comme un roman, Daniel Pennac s’adresse à un lecteur potentiel et établit une liste de droits, en clin d’œil aux 10 commandements ou aux droits de l’homme :

« Les droits imprescriptibles du lecteur

- Le droit de ne pas lire.

- Le droit de sauter des pages.

- Le droit de ne pas finir un livre.

- Le droit de relire.

- Le droit de lire n'importe quoi.

- Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

- Le droit de lire n'importe où.

- Le droit de grappiller.

- Le droit de lire à haute voix.

- Le droit de nous taire. »

Extrait de « Comme un roman » de Daniel Pennac

2 Lire pour s’enrichir

Aux côtés de nos illustres écrivains classiques - Molière, Hugo, Zola, Maupassant, Sand, Pagnol - et modernes – Marc Lévy, Amélie Nothomb - pourquoi ne pas proposer les auteurs aux origines aussi diverses que la population de nos banlieues ? Ceux-ci ont choisi d’écrire en français. Pourtant, dans les librairies, ils ont été longtemps relégués au rayon « littérature francophone » (Dany Laferrière, Maryse Condé, Agota Kristof…). Ces auteurs sont toujours absents des programmes scolaires sans que l’on sache vraiment pourquoi. Or, comme le disait une de mes professeures d’université, c’est là « la manière dont le centre politique et idéologique va s’évertuer plus ou moins inconsciemment à marginaliser ses littératures ». Le centre, la périphérie, toutes ces réalités du quotidien auxquelles « ces habitants des quartiers », disait-elle, sont sans cesse renvoyés.

Ainsi peut-on s’enrichir de lire Assia Djebar (1936-2015) (photo ci-dessus) qui dans "Ces voix qui m’assiègent" se voulait représenter la voix des femmes pour qu’elles sortent de l’oubli, et qui parvient à faire entendre le rythme de la langue arabe et berbère à travers son écriture en langue française. Ou Ahmadou Kourouma qui, pour dire des réalités africaines, mêlait subtilement la langue malinké à la française. L’une est entrée à l’Académie française après un parcours exceptionnel, l’autre a reçu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens. Des lycéens, rendez-vous compte : quelle meilleure reconnaissance ! Quelle meilleure marque d’identification !

Les lignes, d’ailleurs, bougeraient-elles ? Magyd Cherfi (acteur, militant Festival Origines Contrôlées et chanteur du groupe Zebda) avec son livre Ma part de Gaulois et Gaël Faye (écrivain, chanteur) avec Petit Pays étaient tous deux en lice pour le très prisé Prix Goncourt. Tel est notre défi actuel : mieux parler notre langue, découvrir de toute urgence ses richesses, apprendre à connaître les littératures dans lesquelles elle se déploie. Ces littératures sont un carrefour de multi-culturalité.

3 Lire pour s’en sortir

Mais lire, ce n’est pas que déchiffrer des mots, c’est aussi décrypter une image, une photo.

Chaque texte ou chaque photo nécessite une ou plusieurs lectures. Une lecture ne prime pas sur une autre. Si l’on établit un principe d’égalité, chaque voix compte. Lire, n’est-ce pas aussi un acte démocratique ?

Car lire, savoir lire, c'est à terme être capable de se forger une opinion, sa propre opinion, aiguiser son esprit critique. Discerner un discours neutre d’un discours partisan, distinguer l’info de l’intox : tout cela s’apprend. D’où le rôle de l’éducation afin d’aider au mieux les jeunes citoyens à s'armer, à se défendre contre les dérives qui minent la société.

Autre défi : lutter contre l’échec scolaire, réconcilier la jeunesse (et les moins jeunes) avec la lecture, avec la langue, avec la culture, avec tout ce qu’ils rejettent, pensant que ce n’est pas pour eux. On entend trop souvent dans leurs voix «Lire ça sert à rien», car les aînés ont essayé d'étudier pour s'en sortir. Mais lire permet de s'évader, de rêver. Même rêver ou avoir de l'ambition : ces choses-là s’apprennent.

Lire permet aussi de savoir s’exprimer, d’avoir les mots pour dire sa colère, ses joies. Lire donne du pouvoir. Or, les classes populaires, souvent très éloignées de ce pouvoir, devraient avoir la capacité de s’en emparer. Affirmer sa place dans la « cité » au sens politique du terme, c’est agir en tant que citoyen, et non pas en simple habitant de cité(s), comme assigné à réside

4 Lire pour résister

L’acte de lire peut, enfin, être suivi de l’envie d’écrire, pour se dire et se raconter. Partageons l’exemple de cette écrivaine issue de l’Est du Val d’Oise. A la manière des punchlines dans les textes de rap, Christelle Evita (photo ci-dessus) réussit à sa manière à déconstruire les préjugés et les stéréotypes sur l’identité dans sa pièce et spectacle "Mais je ne suis pas noire". Dans son essai Indignez-vous, Stéphane Hessel écrivait : «Créer, c’est résister. Résister, c’est créer».

Alors résistez, créez, écrivez des livres ou des BD ! De la poésie en prose ou en vers : pour se délester de tous les déterminismes, pour inverser la courbe des inégalités, pour «être» et surtout «devenir». Et, soyez en convaincus : les plus belles pages restent à écrire. Puis à lire..

Par Saliha Medarbi

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