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A la recherche de l'emploi perdu…


Le chômage est plus fort sur nos territoires qu’en moyenne sur la France. Visago vous propose un dossier “TOUR D'HORIZON“ de la situation locale. Interview de la directrice territoriale de Pôle emploi - Val d'Oise, micro-trottoir, portrait et liens utiles sont au menu. Bonne lecture

Visago : Quel est le taux de chômage dans le Val d' Oise, et plus particulièrement sur le territoire de Sarcelles, Gonesse et Villiers-le-bel ?

Joëlle Casorla (Directrice territoriale Pôle emploi - Val d'Oise) : Nous n'avons pas de statistiques affinées pour ces villes. Le taux en Val d' Oise et en Seine St Denis est légèrement supérieur au taux national : 9,6% au deuxième trimestre 2016, soit 101 680 demandeurs d'emploi.

Quelle est, selon vous, l'influence de l'aéroport de Roissy et de Paris sur ce taux élevé ?

J.C. : Certes, Roissy est un gros bassin d'emplois (79 903 emplois en 2013), mais ce n'est pas aussi simple que cela. Roissy n'offre que certaines catégories d'emploi, dans le fret, le transport des passagers, la sécurité, la maintenance avec des contraintes spécifiques (travail de nuit, weekend). Et les communes à fort potentiel de main d'œuvre ne sont pas forcément bien desservies par les transports. Certains secteurs d’emplois, comme le commerce de luxe, la restauration, très présents sur l'aéroport demandent des pré-requis particuliers, comme la pratique de l'anglais. Les postes liés à la sécurité imposent des conditions drastiques de délivrance des badges. Quant au marché de l’emploi parisien, il se caractérise par la sélectivité. Les qualifications peu élevées des demandeurs d'emploi de notre secteur (métiers dominants : nettoyage, sécurité, services à la personne) ne sont pas toujours adaptées aux offres et ne correspondent pas forcément à notre public. Les délais de transport sont importants. Par contre le pôle de la plaine St Denis est important et il est plus facile d'aller à St Denis qu'à Cergy.

Qu'en est-il du plan de formation de 500 000 chômeurs, décidé par le gouvernement en début d'année ? Comment ces formations ont-elles été décidées au niveau local ?

J.C. : La France est un pays où l'on utilise peu les fonds d'indemnisation d'assurance/formation, contrairement à d'autres pays européens : sur 10 chômeurs en Autriche 4 sont en formation, 3 au Danemark et en Norvège, et un seul en France. Ce manque de formation induit un déficit structurel de compétences disponibles au regard du marché de travail, que ce soit dans l'éducation, la santé, les services à la personne et certains domaines d'ingénierie. Il faut savoir que 56% des demandeurs d'emploi ont un niveau d’études inférieur au bac, contre 46% dans la population active.

Ce plan de formation a été une belle opportunité pour l'Agence de Garges/Sarcelles, l'occasion d'avoir des moyens pour former des chômeurs, en complément des formations proposées par le Conseil Régional. Des formations ont été proposées dans le domaine des services à la personne, des métiers liés à la sécurité, du commerce, de l'agriculture, notamment du maraîchage, des espaces verts dans les communes et des métiers du bâtiment. D'autres ont été organisées pour les métiers du tertiaire (comptabilité, assistance de direction, formation en langue). Nous devons aussi faire de l'alphabétisation, pour les demandeurs d'emploi ne parlant pas français. Ces formations ont été faites en fonction des besoins des entreprises répertoriées, et après enquête. Nous avons programmés 9000 emplois-formation en octobre et novembre.

Y a-t-il des secteurs qui peinent à recruter ?

J.C. : Les demandeurs d'emploi n'ont pas toujours un profil adapté aux entreprises. Ce qui fait que certains employeurs ont des difficultés à trouver du personnel, comme dans l'informatique, où la qualification est d'un haut niveau. Les secteurs qui peinent à recruter sont ceux également où le taux de remplacement est important, compte tenu des conditions de travail difficiles, comme pour les emplois de ménage qui supposent des horaires découpés et des temps de transport importants. Dans le domaine de la restauration, les mêmes problèmes se posent.

Pourriez-vous nous rappeler les différentes classifications des chômeurs ?

J.C. : La catégorie A regroupe les personnes qui ne travaillent pas du tout. Ce sont les plus nombreux dans notre agence, il représente 80 à 83% de notre public et ce chiffre est stable ; la catégorie B et C reprend les personnes ayant une activité réduite (moins de 78 heures par mois) ; la catégorie D recense les personnes en formation, en stage, en maladie, tenus de faire des recherches d'emploi.

On entend dire, parfois, que certains chômeurs ne cherchent pas vraiment de travail. Que pensez-vous de cette idée ?

J.C. : Que rester au chômage ne peut être qu'une solution conjoncturelle. Les indemnités pour l'instant ne sont pas dégressives et sont limitées à 2 ans maximum, sauf pour les seniors. Cette situation ne peut être que temporaire. Car plus longtemps un demandeur d’emploi reste inscrit, plus il perd en crédibilité. Ceci dit, certains chômeurs peuvent aussi se décourager, lorsqu'ils ne reçoivent pas de réponse à leurs lettres ou quand ils essuient plusieurs refus. Pôle Emploi assure un suivi personnalisé, notamment auprès des chômeurs de longue durée.

Propos recueillis par Irène Godard.

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MICRO-TROTTOIR

(Pôle emploi / Gonesse)

Les hommes, derrière les chiffres Au Pôle Emploi de Gonesse, quelques personnes patientent calmement, ce jour d’octobre, devant des guichets ou des postes informatiques.

Ils ont de 27 à 56 ans. En majorité des hommes, ils habitent Louvres, Gonesse, Villiers Le Bel, Le Thillay. A la question « depuis combien de temps êtes-vous au chômage », les réponses varient de deux mois à un an, voire quatre ans pour ce soudeur dénommé Pinto, licencié économique, qui dit « faire des petits boulots pour s’en sortir » (voir son portait ci-dessous).

S’ils sont dans cette situation, c’est, pour les uns, à cause de la fin d’un contrat à durée déterminée, de la fermeture de leur société ou, pour les autres, en raison d’un travail qui n’était que saisonnier ou d’un événement plus personnel (accident, envie de changer de boulot).

Ces chômeurs recherchent un emploi dans les secteurs du « catering » (la restauration aéroportuaire), de l’aide ménagère, de la sécurité, du bâtiment, du conseil en vente, de la soudure. D’autres s’orientent vers tous types de travaux manuels, tant la nécessité de travailler se fait pressante.

“Cherchez-vous principalement via Pôle Emploi ?” A cette question, la majorité indique avoir recourt à d’autres solutions, comme les sites d’offres d’emploi sur Internet ou les boîtes d’intérim. Ils pensent aussi à leurs contacts personnels, au « bouche à oreille ».

Car beaucoup de ces chômeurs semblent mettre en doute l’efficacité de Pôle Emploi : certaines offres, en effet, se sont révélées rapidement caduques, disent-ils. Une personne regrette de n’avoir pas reçu de lettre de l’agence depuis qu’il est inscrit. Une femme raconte avoir fait une formation s’assimilant à un bilan de compétences qui n’a jamais abouti à un travail…A les entendre, Pôle Emploi servirait surtout au versement des indemnités. I.G.

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PORTRAIT

(Pôle emploi / Gonesse)

Quatre ans au chômage!

Au Pôle Emploi de Gonesse, ce lundi 31 octobre, l’agence est « exceptionnellement fermée »…

Ce qui ne laisse pas de surprendre les 30 ou 40 personnes qui arrivent à l’agence, perdue dans la zone industrielle de Gonesse, parmi un dédale d’entrepôts et d’autres bâtiments gris. Parmi ces personnes, Pierre*, croisé et interviewé à cette occasion, déjà croisé quelques jours auparavant.

Pierre* a 50 ans, il a quatre enfants et réside au Thillay. Depuis 4 ans sans travail, il vit très mal sa situation. Il avoue avoir connu la dépression, mais aussi l’ennui. Le regard des autres est difficile à affronter. Il y a aussi la peur de l’inconnu quand il doit se présenter pour un nouvel emploi. « A force d’essuyer des refus, de ne pas avoir de réponses, on finit par se poser des questions », dit-il. Pierre s’est inscrit dans une agence d’intérim à Sarcelles. Mais la réponse, là, a été : « Il faut attendre la fin des fêtes ». Ce n’est guère encourageant.

Et Pierre, de raconter son parcours professionnel, lui qui est au chômage depuis 4 ans.Arrivé depuis peu de temps à Gonesse pour des raisons personnelles, Pierre a surtout travaillé comme soudeur dans l’Oise, dans la société FORMETAL. Il a exercé différents métiers. Il a été maître-chien pendant un an, ce qui l’a amené en Picardie. « J’ai aussi été boucher, peintre en bâtiment, couvreur, j’ai fait beaucoup de métiers manuels, je serai prêt à faire une nouvelle formation si elle est censée déboucher sur 1 emploi ».

L’entreprise qui l'employait a fermé pour raisons économiques. C’était une usine de métallurgie. Environ 300 ouvriers ont été licenciés en 2012. Cette boîte a été rachetée et lors de son rachat, les repreneurs n’ont gardé que 10 % des effectifs pour finalement cesser toute activité quelques mois plus tard. Pierre, licencié économique a gardé son salaire durant 2 ans, puis a été réduit aux indemnités ASSEDIC. Il dit ne pas avoir de diplômes, ce qui ne posait pas de problème quand il est rentré à FORMETAL. Au début, le service public lui a proposé de l’aider à retrouver un travail. On lui a appris à « comment se présenter à une offre d’emploi, comment répondre à un entretien ». « Mais, lâche-t-il, cela n’a débouché sur rien de concret ».

Pierre a rendez-vous avec les services de Pôle Emploi dans la perspective d’une formation, mais là il semble sans illusion. « Oui, conclut-il, j’ai des doutes quant à la capacité du Pôle Emploi à me trouver du travail ». Il vit aujourd’hui de l’allocation spécifique de solidarité, soit 487€ par mois. A la question « Diriez-vous, comme certains, que des chômeurs ne cherchent pas de travail, préférant vivre des indemnités », il rétorque, d’un air dépité : « Ce n’est pas mon cas, et de toute façon, il y a tellement de gens qui sont au chômage ! Quand on sait que l’offre se réduit, comment voulez-vous être optimiste ? » I.G.

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LIENS UTILES

(L'emploi en un clic…)

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