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SDF à Roissy-Charles de Gaulle : “de plus en plus de femmes et de jeunes”, selon la Croix Rouge


A l’aéroport de Roissy, 70 à 80 SDF « vivent » (!) dans l’enceinte de l’aéroport, dans cette fourmilière où grouillent touristes, commerçants ou fonctionnaires. C’est l’aspect underground de cette « ville dans la ville », de cet univers souvent méconnu que M. Jallali Salali, coordinateur des équipes de la Croix Rouge dans cet aéroport, nous aide à mieux comprendre.

Le mal logement touche 4 millions de personnes en France : 120 000 vivent dans un camping car ou un mobil-home, 140 000 seraient sans domicile fixe (SDF) selon l’Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques (INSEE). En 2015, d’après le collectif « Les morts dans la rue », 497 d’entre eux sont ainsi décédés… sans abri. Leur espérance de vie est de 49 ans.

Visago : En quoi consiste votre mission sur l’aéroport auprès des SDF ?

Jallali Salali : Notre mission principale est de réinsérer les SDF. Nous essayons de récréer des liens avec les institutions, de réhabiliter les droits à la santé, au RSA, de trouver des solutions d’hébergement. La culture n’est pas oubliée : nous travaillons avec l’association « Culture du cœur » qui organise des sorties cinéma, théâtre, des visites de salons. Ces activités relèvent de l’équipe du jour, qui intervient de 9h à 17h20 (celle de nuit opère de 17h à 0h20).

Nous organisons des séjours dits de réinsertion, ciblés vers les SDF les plus anciens, dans le but de recréer du lien, à base d’échanges, en fait tout ce qui peut redonner confiance, revaloriser la personne, améliorer leur estime de soi. Dans ces séjours, nous mettons l’accent sur l’importance des rythmes de vie, de l’hygiène aussi. Car l’objectif, c’est quand même de les sortir de l’aéroport. D’ailleurs, dans la journée, ils nous arrivent de les emmener à notre accueil de jour, situé à Ezanville (95), où ils peuvent prendre des douches, regarder la télévision et rencontrer des travailleurs sociaux. Quant à la Croix Rouge du 93, elle s’occupe des réfugiés qui partent de la zone d’attente.

Qui vous a confié cette mission ?

C’est Aéroports de Paris (ADP), qui a préféré gérer ces SDF de façon sociale. Des réunions mensuelles ont lieu avec ADP, qui participe financièrement.

Combien de SDF sont-ils répertoriés à l’aéroport de Roissy par vos services ?

Entre 70 à 80 personnes. Ce chiffre augmente l’hiver, de 90 à 100. La majorité d’entre eux sont des hommes, soit 80 %. La Croix Rouge a des fiches de suivi de chacun d’entre eux, qui précisent depuis quand la personne est dans la rue, si elle a bénéficié d’un accompagnement social ou d’un suivi social quelque part. En cas de problème de santé, les SDF sont accompagnés par des personnels de la Croix Rouge et orientés vers les hôpitaux de Gonesse ou l’hôpital Ballanger d’Aulnay sous Bois (93). Et aussi vers l’Action Pôle Soins et Santé de Ville Evrard (77).

Avez-vous constaté, comme on le lit souvent, une aggravation de la situation des SDF depuis quelques années ?

Oui. D’une part, ils sont de plus en plus nombreux. Leur profil change aussi, puisqu’on a des gens qui travaillent mais qui n’ont pas de logement. Ils représentent 10 à 15 % des SDF à l’Aéroport de Roissy. Et l’on voit aussi de plus en plus de femmes et de jeunes. Il faut dire que le nombre de places d’hébergement n’a pas beaucoup augmenté. Certains SDF ont des problèmes psychologiques, et il y a ceux qui ont des animaux de compagnie dont ils ne veulent pas se séparer, et qui ont du mal à trouver des hébergements. De plus, il faut savoir que beaucoup de SDF sur l’aéroport ont de nombreux bagages, dont ils ne veulent pas facilement se défaire. C’est une caractéristique des SDF, ils ont des bagages, ils accumulent des objets parfois anodins, mais qui les rassurent. Une simple assiette en plastique peut leur paraitre importante.

Comment expliquez-vous ces situations d’errance ?

Cet état n’est pas toujours lié à un problème de pauvreté ou de précarité. Il y a ceux qui ne se voient que dans l’errance et qui parfois ont un logement, une famille (et vont même la voir quelquefois). Mais, qui, finalement, restent SDF. Ce n’est pas évident à comprendre, c’est un état d’esprit. Parfois, il y a eu une rupture dans leur vie, professionnelle, familiale, privée et tout a basculé.

Certains arrivent-ils à se réinsérer ?

D’après nos estimations, seuls 5% se réinsèrent. Cette réinsertion est liée à la problématique initiale. Selon la situation d’où est « parti » le SDF, sa réinsertion se fera plus ou moins facilement. Les hébergements fixes qui sont proposés sont souvent temporaires, dans un premier temps. Heureusement il y a des partenariats avec des hôtels, permettant de bénéficier de tarifs réduits.

Propos recueillis par Irène Godard

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