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Artisans de la fraternité dans les quartiers “sensibles” !


Ils s’appellent Toumi Djaidja, Yazid Kherfi, Michel Serfaty et Mohammed Azizi, et ils ont en commun de partager leur expérience de vie auprès des jeunes des quartiers populaire.

De gauche à droite ; Toumi Djaïdja, Yazid Kherfi, Michel Serfaty et Mohammed Azizi.

Quatre belles personnes ont modifié de manière très sensible, l’image des jeunes issus des quartiers dit sensibles. Des floraisons porteuses de paix percent sur les dalles dans les recoins les plus retirés et oubliés de nos banlieues. Elles ont résisté au karcher prôné par certains.

Parfois issus de la délinquance comme ce fut le cas pour Yazid Kherfi Maître d’œuvre de la médiation nomade, et Toumi Djaïdja précurseur de La Marche pour l'égalité et contre le racisme (aussi appelée (à tord) Marche des beurs). Dans le même élan, Le rabbin Michel Serfaty accompagné de l’Imam Mohamed Azizi vont sur le terrain pour démontrer ensembles, que ce qui les rapproche est plus fort que ce qui les sépare.

Yazid Kherfi, de la délinquance à la médiation nomade

Les jeunes des quartiers sensibles font peur ! Comme le précise la sociologue Véronique Le Goaziou, « cette vision manichéenne des choses qui fait des jeunes délinquants tantôt des victimes, tantôt des coupables, montre à quel point ce qui pousse à être délinquant, comme à ne pas l’être, est ténu, fragile et hasardeux : aucun parcours n’est tracé d’avance, ni irréversible. »

Yazid Kherfi ancien délinquant dur, issu de cité du val Fourré, à Mantes-la-jolie. Poursuivi par la police, exilé en Algérie, puis revenu en France où il a purgé une peine de quatre ans d’emprisonnement. A sa sortie de prison il est engagé à la mairie de Mantes et soutenu par le maire Paul Ricard comme comptable de la mission locale, qui lui confie la clé de la caisse et le carnet de chèques. A Chanteloup-les-vignes le maire Pierre Cardo lui fait confiance, convaincu par sa médiation lors de Bagarres entre bandes. L’ancien délinquant est devenu aujourd’hui un expert en prévention de la délinquance. Il est enseignant à Nanterre et intervenant auprès des chargés de mission dans les quartiers et des policiers recrutés en province et qui ne comprennent rien à ce qui se passe dans les zones sensibles « Les policiers me poursuivaient, aujourd’hui c’est moi qui les poursuit… pour les former !»

Un van, une table et le dialogue peu d'instaurer…

Yazid considère, que les enfants les plus frappés sont les plus violents et qu’entendre les termes de négros ou bougnoules dans la bouche d’un flic n’incite pas au respect mutuel, d’autant que dans ces cités on est comme enfermé et rarement écouté, valorisé, complimenté. C’est pourquoi il met en relation ses étudiants avec ceux de la cité pour concrétiser leur formation.

Conscient de la rupture de plus en plus importante entre les jeunes et les adultes Yazid veut y remédier par le biais de la médiation nomade qui à pour objectif de recréer le dialogue avec les jeunes en rupture. Il sillonne dans son camping car les zones les plus reculées des quartiers sensibles de préférence la nuit pour aller à la rencontre des jeunes en déshérence.

Il se pose dans ces zones où plus personne ne vient et disposant tables et chaises sur fond d’ambiance musicale il réinvente à chaque fois un espace de convivialité, un moment rare pendant lequel il partage sa propre résilience. Dans l’esprit de ses jeunes il espère laisser une petite lueur qui pourrait leur montrer d’autres voies que celles de l’exclusion, de la délinquance, de l’inversion religieuse et de la revanche.

Toumi Djaïdja, initiateur de la Marche pour l'égalité et contre le racisme reçue à l’Elysée le 3 décembre 1983

Pendant l’été 1983 Toumi Djaïdja est grièvement blessé par un policier lors d’un affrontement entre policiers et jeunes, dans le quartier de Minguettes à Vénissieux. Il est transporté à l’hôpital où va naitre au cours de sa convalescence, l’idée d’une marche.

Aidé par le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil de la Cimade qui lui auraient inspirée l’idée d’effectuer une grande marche pacifique dans l’esprit d’un Martin Luther King ou de Gandhi. L’intervention de ces deux religieux non issus de quartiers ne déclenche pas l’enthousiasme des militants Lyonnais de ‘’Zaâma d’banlieue ‘’!

Ils seront pourtant 17 permanents à partir de Marseille ; mais en cours de route sur 1200 km, la marche va fédérer ici et là 1.000.000 de personnes.

Arrivés à Paris le 3 décembre 1983, ils sont reçus par le président François Mitterrand qui les attend et leur ouvre les portes de l’Elysée. A la sortie, il sera accordée la carte de résident valable 10 ans.

Toumi Djaïdja intervenant à Grenoble en octobre 2015.

SOS racisme souhaite qu’il se joigne à eux, mais il refuse. En 2013, un film sera librement inspiré de la marche pour l'égalité et contre le racisme, relatant l'histoire des fondateurs de ce mouvement et des marcheurs permanents.

Aujourd’hui Toumi Djaïdja intervient entre autre, dans les lycées et collèges partout en France. Conscient d’avoir fait évoluer la reconnaissance des "beurs", il pense cependant que des indicateurs tels la discrimination à l’embauche, montrent que l’égalité n’est pas encore acquise. Quatre employeurs sur cinq choisissent, à niveau égal un candidat d’origine française de préférence à un candidat d’origine maghrébine ou africaine.

Le Rabbin Serfaty et l’Imam Azizi ; les deux font les pairs

Le Rabbin de Ris-Orangis Michel Serfaty consacre toute son énergie pour maintenir le dialogue entre juifs et musulmans. De la Courneuve à Vénissieux il se rend depuis 14 ans à bord de son van dans les quartiers sensibles y compris près des mosquées dites radicales de Sainte Geneviève des bois, de Corbeil-Essonne, et de Vigneux sur Seine

Agressé le 17 Octobre 2003 par deux musulmans de la cité voisine, il décide de créer l’AJMC. La première association judéo musulmane de France consacrée aux rencontres entre communautés juives et musulmanes dans les villes étapes en 2005 et 2006.

Mohammed Azizi et Michel Serfaty, l'union sacrée pour les quartiers.

« Je suis le plus Juif des Musulmans !» déclare l’imam Azizi qui accompagne Michel Serfaty pour faciliter l’acceptation du Rabbin dans les secteurs réfractaires à toute communication avec un juif. Pour l’Imam, les juifs et les musulmans se ressemblent, il affirme avec humour préférer le mouton à la voiture bélier ! Michel Serfaty répète, à qui veut l’entendre, que le conflit Israélo-palestinien ne doit pas être un frein à la bonne entente des juifs et des musulmans dans les banlieues françaises. La tâche n’est pas simple, car il n’est pas évident de balayer d’une simple boutade les répercussions morales de ce conflit sans une risque de confusion entre l’humour et l’ironie…

Il arrive lors des visites dans les mosquées qu’un Imam, faute de mieux, sans doute, lui reproche gentiment « Et le catholicisme dans tout ça !? ». Il semble en effet que le dialogue avec les catholiques ne soit pas la première préoccupation de Michel Serfaty.

Après les attentats de l’hyper casher son objectif principal est de sublimer l’amitié entre les juifs et les musulmans et de vouloir apaiser des tensions si souvent ressenties en France. Dans le même élan, L’imam Azizi redoute une mise à l’index non justifiée de tous les musulmans.

Par Jacques Hasboun

A LIRE AUSSI Repris de justesse

Yazid Kherfi et Véronique Le Goaziou.

2003, Poche. La marche pour l’égalité

Toumi Djaïdja, entretien avec Adil Jazouli.

2013, L’aube . Le Moine, l’Imam et le Rabbin

Michel Serfati

2002, Calmann Levy.

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