• Point de vue

La République peut-elle rester laïque ?


Des professeurs, des élus ou bien des bénévoles associatifs, tous confrontés sur le terrain à la gestion de la laïcité notamment dans les écoles, étaient rassemblés, vendredi 10 mars 2017, dans l’auditorium de musique de Sarcelles.

Jérôme Martin, Clémentine Vivarelli, et Ghaleb Bencheik * les principaux intervenants étaient invités, à l’initiative du collectif Fusion, pour partager leur analyse sur le sujet. Le député maire de Sarcelles François Pupponi, manifestement attaché à une définition précise de la laïcité, était aussi présent.

Sensible aux problèmes de l’inclusion et aux solutions possibles pour favoriser le vivre ensemble, il s’est exprimé avec fermeté sur le sujet lors de cette table ronde.

La ville de Sarcelles est très concernée : s’y côtoient depuis des décennies, juifs, musulmans et chrétiens - ces derniers renforcés en Val-de-France par la communauté chaldéenne dite des chrétiens d’Orient, rattachée à l’église romaine. Alors qu’il devait intervenir en début de réunion, M. Pupponi s’est glissé dans la salle en cours de débat au moment où une militante féministe affirmait : « La laïcité, c'est le droit des femmes !»

« Je suis en désaccord ! » s’est-il exclamé, sans attendre, le député, qui considère que la laïcité ne doit pas être définie ainsi. Cette notion, a rappelé le maire, signifie en France essentiellement que nul ne doit être discriminé en vertu de sa croyance ou de sa non croyance. De plus, a-t-il précisé, la séparation totale entre le politique et le religieux existe - ce qui entraîne une liberté absolue de conscience et empêche le politique de s'occuper du religieux. Quand on dit cela, a-t-il poursuivi, c'est que l'on accepte qu'il y ait une religion et que si, dans cette religion, une femme doit être voilée, on est musulman. Si c'est une perruque, on est juif. Et chez les Chaldéens, encore d'une autre manière. « Nous devons l'accepter, car la laïcité doit tolérer les croyances de chacun ! » a-t-il soutenu.

Incompatibilité

Ainsi Le député-maire insiste, la laïcité est très exigeante, car elle impose des limites. Dans certains cas, l’expression religieuse doit être réduite : par exemple, pour les fonctionnaires et dans l’espace public. Mais alors, que dire en matière d’égalité hommes-femmes, quand, dans certaines religions, la femme n’est pas considérée comme l’égale de l’homme ?… « Alors assumons de dire que nous ne sommes plus une république laïque ! a lancé le maire de Sarcelles. On ne peut se draper dans une virginité laïque et en même temps attaquer la manière dont certains croient ou ne croient pas, et appliquent leurs règles religieuses. C’est complètement incompatible. Si demain nous disons plus de voile !, nous ne serons plus laïques ! » a-t-il conclu, en indiquant que ce qui le gênait actuellement en France était que l’on n’ose pas avoir ce débat : à savoir, « doit-on rester laïque ou non ? »

Une enseignante de Sarcelles a alors demandé si l'école laïque devait s'adapter à certaines exigences liées aux pratiques religieuses. Et s’il était normal de payer pour cela en utilisant les finances publiques ? « Depuis 1905, la loi de 1905, on l'attend toujours !» a répondu le maire. Puis, pour illustrer son propos, il a pris l'exemple du hallal et du casher pour lesquels la demande est quotidienne. Il a relaté une conversation avec deux familles juives lui disant : « Nous avons mis nos enfants dans une école juive et nous pensons que le programme religieux est trop important ! Nous souhaiterions remettre nos enfants dans une école publique... Mais pourront-ils manger casher ? Pour moi, ce fut un cas de conscience », avoue François Pupponi. « Faut-il autoriser le retour des élèves d’une école religieuse vers une école laïque en adaptant un peu la règle ou bien le refuser ? »

« La question est de savoir si nous voulons que les enfants reviennent dans l’école publique », s’est donc interrogé le maire de Sarcelles, « ou bien si nous les laissons systématiquement en dehors de l’école de la République, au nom de la sacro-sainte laïcité ? ». Un refus, selon lui, irait à l’encontre du vivre ensemble. Comme il n’y aurait pas d’apprentissage ensemble, chaque religion resterait cantonnée à son école et seuls ceux qui ne sont ni juifs ni musulmans iraient à l’école publique. « Est-ce vraiment la société que nous souhaitons pour demain ? » a-t-il demandé.

Avant de conclure : «Si nous voulons une école commune où les différentes manières de croire apprennent ensemble dans l’école publique, il faudra passer par le respect du croire, et accepter le hallal et le casher dans nos cantines. ».

Par Jacques Hasboun

* Les intervenants, lors de la table ronde

- Clémentine Vivarelli, Docteur en sociologie, thèse soutenue en 2014 sur la laïcité à l’école.

- Ghaleb Bencheikh, de formation philosophique et théologique, animateur de l’émission « Questions d’islam » sur France2, auteur de La laïcité au regard du coran.

- Anaïs Florès et Jérôme Martin, respectivement professeurs d’histoire géographie et lettres à Saint-Denis. Ils sont membres du cercle des enseignants laïques qui vient de publier "Petit manuel pour une laïcité apaisée".

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