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5 raisons qui expliquent que tout le monde peut changer


Suite à un article consacré aux artisans de la paix dans les quartiers populaires, Visago a organisé, jeudi 28 mars à Villiers-le-Bel, au café l’Avenir, son premier “ Les Cafés-citoyens de Visago Média” autour de l’un d’entre eux : Yazid Kherfi, hier repris de justice, aujourd’hui consultant en prévention urbaine. L’occasion pour celui-ci de revenir sur sa jeunesse et son combat au quotidien auprès des jeunes.

Yazid Kherfi a connu un parcours scolaire chaotique. A la maison comme à l’école, les expressions comme « bon à rien » ou encore les mots comme « irrécupérable » revenaient sans cesse.

Est-ce l’une des raisons pour lesquelles il a cédé aux sirènes de la délinquance, récidivant quasi systématiquement après ses peines de prison ? Toujours est-il qu’à 31 ans, il a failli se retrouver sous le coup de la double peine : de nationalité algérienne et française, il devait être expulsé. Or, comme il le clame, « c’est en France que je suis devenu délinquant ». Et c’était sans compter sur une belle rencontre, celle d’un maire qui lui a donné sa chance, a cru en lui et lui a fait confiance. L’ancien délinquant croit donc sincèrement qu’une rencontre peut tout changer.

1. Le besoin d’amour

Le déclic peut avoir lieu à tout moment, assure Yazid Kherfi. Certes il s’est décidé à tout faire pour devenir quelqu’un de bien, en aidant les autres. Mais il ne cache pas le fait qu’il a beaucoup souffert d’un sentiment de manque d’amour durant son enfance. « On ressemble à l’image que l’on nous donne », dit-il. Et ajoute que pour certains, «vaut mieux être délinquant que rien du tout. ».

La question de l’amour, ou de son absence, est essentielle pour Yazid Kherfi. Elle revient comme un leitmotiv tout au long de son discours. Si les jeunes se plaignent d’être mal-aimés, les parents, la société doivent être en mesure de leur répondre : « ce n’est pas VOUS qu’on n’aime pas ; on n’aime pas CE QUE VOUS FAITES ». Les jeunes ont constamment besoin de ces preuves d’amour, alors valoriser leurs qualités peut les aider.

2. Le besoin d’aide

L’ancien détenu insiste beaucoup sur l’importance des marques d’amour. Avec une pensée pour ses propres parents probablement, il conseille donc aux parents de beaucoup parler avec leurs enfants, de les surveiller avant qu’il ne soit trop tard. « Les parents en difficulté doivent oser demander de l’aide et surtout ne pas en avoir honte » : voilà son meilleur conseil.

La vie d’un adolescent peut être parfois compliquée ; quand un ado ne se sent pas bien chez lui, « il part chercher une famille ailleurs, comme ceux qui partent en Syrie », ajoute-t-il. Les délinquants du quartier vont donc devenir cette famille de substitution. Selon lui, la plupart de ceux qui sont en « rupture avec le monde des adultes » sont des jeunes en grande insécurité eux-mêmes car ils ont l’impression d’être tous seuls en première ligne. Il conclut : « les premières causes qui révèlent leur malaise sont le suicide, la dégradation (alcool, drogue) et la délinquance ».

3. La bonne rencontre

Il faut rappeler que Yazid Kherfi est sorti de la délinquance grâce à une poignée de personnes et il s’en est sorti. Ces rencontres lui ont peut-être sauvé la vie, contrairement à des copains d’enfance qui ont connu un plus triste sort.

Aussi, lors des médiations nomades qu’il organise à bord de son camping-car, il offre aux jeunes un espace de parole, et les accueille avec son sourire avenant, avec « Fraternité » et « Tolérance », entre autres mots gravés/estampillés sur son véhicule. Il vient occuper l’espace public du début de soirée à minuit. Pendant ces heures, la plupart des infrastructures dans les communes sont déjà fermées : les stades, les bibliothèques, etc. Comme le souligne fort justement Yazid Kherfi : « la rénovation urbaine est contre les jeunes ».

En effet, le soir, les chances de faire une mauvaise rencontre ne sont pas à négliger. Visiblement, les éducateurs de rue, les « grands frères », tous ces rôles utiles à la société , constituent des chaînons manquants. Il en va de même concernant les phénomènes de foule (en cas d’émeutes par exemple). Pour éviter que « la rue devienne un spectacle », ajoute-t-il, il faut la présence des adultes pour canaliser les différents mouvements de jeunes, pour expliciter les situations et tenter d’apporter des réponses.

4. Une meilleure justice

Il n’est pas étonnant que Yazid Kherfi soit farouchement opposé aux politiques sécuritaires qui ne donnent aucun résultat. D’après lui, la prison serait un lieu hautement criminogène. Il a cette formule : « La prison, c’est comme un congélateur, tu ressors dans le même état que tu es entré ». Le taux de récidive, explique-t-il, baisse quand la personne acquiert de la maturité, qu’elle éprouve une estime de soi. Et le déclic peut avoir lieu lorsqu’elle fait un bilan pour réfléchir sur elle-même, pendant un séjour en prison par exemple. « Quand tu commences à croire en toi-même, quand tu te connais mieux, tu peux plus facilement aider les autres ».

Concernant la politique de la prévention de la récidive, il précise que « la loi Taubira*, c’est très bien mais elle a été mal appliquée. Ceux qui sont condamnés à des peines de moins de deux ans de prison sont ceux qui récidivent le plus. Il existe d’autres modes de sanctions que la prison ». Il est ainsi convaincu que le taux de récidive serait moins important si chaque peine était aménagée sous forme de libération conditionnelle, assortie d’un accompagnement extérieur efficace. Or, cet accompagnement doit être bien préparé en amont, ce qui n’est, selon lui, généralement pas le cas. Les pouvoirs politiques ont, sur le sujet, une approche trop souvent sécuritaire plutôt que préventive.

5. Transmettre le flambeau

Yazid Kherfi aime à dire qu’il n’aimait pas l’école et pourtant il a fini par décrocher des diplômes. Devenu professionnel de la prévention de la délinquance, il enseigne désormais à l’université de Nanterre. Il y forme des jeunes qui deviendront eux-mêmes de futurs travailleurs sociaux qui seront plus à l’aise pour intervenir dans les quartiers sensibles. Autrefois délinquant, il intervient aussi maintenant dans les prisons et transmet son expérience aux policiers, aux gardiens de prisons et aux détenus eux-mêmes.

Le « médiateur nomade » a appris à avoir beaucoup de recul sur les choses. De plus, il raconte son histoire simplement, en assumant son passé. Tout en étant fier de ce qu’il est devenu, il n’est pas démagogue et ne prétend avoir une solution à tous les problèmes. Il se présente comme il est et parvient à susciter l’intérêt des jeunes. Savoir parler aux jeunes, cela ne s’improvise pas. Il est en mesure de les comprendre, car il a été à leur place et il peut se mettre à leur place. Il n’est pas là pour les juger mais pour leur tendre la main : « car je crois en l’être humain », résume-t-il.

Ce message d’espoir représente tout son combat. Aujourd’hui, il cherche à trouver un remplaçant pour effectuer des médiations certains soirs. Et son rêve est de faire des émules, de passer le flambeau, de transmettre sa flamme à d’autres personnes qui ont, comme lui, foi en l’être humain.

On repère cet autre mot d’ordre inscrit sur son camping-car : on a tous le « pouvoir d’agir »,.

Par Saliha Medarbi

* La loi Taubira, adoptée en juillet 2014, consiste à « améliorer la sécurité en luttant contre la récidive et en diminuant la surpopulation carcérale ». Le texte prévoit le principe de l’individualisation des peines en proposant la « contrainte pénale », période de probation entre six mois et cinq ans en « milieu ouvert ». C’est-à-dire en dehors de la prison.

Appel à projets « amélioration des relations entre les jeunes et les forces de sécurité de l'Etat dans les zones de sécurité prioritaires, les quartiers de la politique de la ville »

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