• 7e, 8e et 9e circonscriptions du Val d’Oise

Le parti des désenchantés


Dimanche dernier, lors du premier tour des législatives, seulement 32% du corps électoral de la 8e circonscription du Val d’Oise a fait usage de son droit de vote…

Sitôt l’élection présidentielle terminée, les Français ont dû à nouveau se rendre aux urnes, ce dimanche 11 juin, pour élire les députés qui vont les représenter au Parlement. La très forte abstention au premier tour des législatives est l'évènement le plus frappant.

Au niveau national, elle se situe à 51.2%. Dans l'Est du Val d'Oise(1), elle est de 62% en moyenne, avec un niveau record de près de 68% dans la 8ème circonscription (elle était déjà de 57% en 2012). Alors comment motiver des citoyens désenchantés, désabusés, pour prendre part au second tour, le 18 juin prochain ?

Car, deux grandes leçons sont à retenir des derniers scrutins nationaux en 2017. D’une part, la défaite, voire la déroute des grands partis traditionnels et de leurs représentants historiques : l’émergence de nouveaux courants traduit une demande de renouvellement du paysage politique. D’autre part, le fort niveau de l’abstention et des votes blancs ou nuls : la faible participation signe le désintérêt et le désenchantement des électeurs vis-à-vis de la vie politique et/ou de l’offre électorale. Déjà, lors de l'élection présidentielle, l'abstention avait atteint près de 36% en moyenne dans l’est du Val d’Oise (Sarcelles, Villiers-le-Bel et Gonesse) contre 25% sur l’ensemble du territoire national. Sans compter les votes blancs et nuls.

Si l’abstention avait un visage, ce serait celui de tous ces citoyens en colère, désenchantés et désabusés, mais pour qui voter aux extrêmes ou pour des partis radicaux, voire extrémistes, n’est pas vraiment une solution pérenne.

Ce n’est pas qu’une question d'engouement ou d'intérêt. A Villiers-le-Bel, Sarcelles ou Gonesse, comme dans tous ces territoires, les citoyens ont plus que jamais la sensation d'être des laissés pour compte. Conséquence : ils ne donnent plus aveuglément leur confiance aux politiques. Les habitants refusent d’être courtisés la veille d'une élection, puis abandonnés dès le lendemain. Le temps où certains partis prenaient même pour acquis le vote des banlieues ou des quartiers populaires est révolu. A cause des écarts de certains élus, les électeurs éprouvent un désintérêt constant pour ceux qu’ils considèrent comme des privilégiés, s'octroyant toujours les places de choix, servant avant tout leur propre intérêt.

Les reproches ne s’arrêtent pas là. Les inégalités se creusent chaque jour davantage. L’ascenseur social est quelque peu grippé, et les ascenseurs en panne… les habitants de nos territoires en savent quelque chose !

Alors, est-ce simplement le manque de représentativité qui traduit la faible participation des citoyens de banlieue au jeu électoral ? Et comment savoir si les candidats qui parviendront à se faire élire sauront défendre les projets pour lesquels ils auront été élus ? On entend souvent : « Tel ou untel, il va rien changer à ma vie ». On attend ainsi toujours le Plan Marshall des banlieues promis depuis les années 1990. On attend l’élu.e qui aura suffisamment de cran pour proposer un programme radical pour l'éducation ou encore la lutte contre le chômage. Oui, radical car il s’agit de traiter le problème à la racine, de toute urgence, et avec les moyens les plus ambitieux. Pour faire valoir un projet, les citoyens attendent de leur élu qu’il le défende bec et ongle, qu’il fasse le moins de compromis possibles.

Pour en revenir à ce premier tour des élections législatives 2017, et au record historique de l'abstention : on comptait 154 candidats (contre 110 en 2012) pour tout le département du Val d’Oise, dont 45 pour les 7ème, 8ème et 9ème circonscriptions. Les « rescapés » du premier tour vont tenter de tout faire pour remotiver les électeurs ou du moins susciter leur intérêt pour un scrutin qui les concerne au premier plan : ils se veulent leur porte-parole, leurs défenseurs.

Il sera également intéressant de suivre les résultats des personnes issues de la société civile, de la diversité ou tout simplement de la « vraie vie » pour représenter les « vraies gens ». Tout le monde s’y reconnaitra-t-il ? En attendant, la plupart des citoyens font davantage confiance aux associations et aux acteurs sur le terrain. Ils s’organisent collectivement. Bref, ils veulent se prendre en main. Finis les paroles puis les actes… Ils veulent d’abord les actes. Car ceux-ci parleront d’eux-mêmes.

Par Saliha Medarbi

(1) En 2017 : 7ème circonscription : taux d'abstention de plus de 56% (46% en 2012)

9ème circonscription : près de 62% (50% en 2012)

#EstduValdOise #Abstention

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