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COVID-19 : CONFINEMENT VOTRE (1)


La période inédite et historique de confinement que nous vivons tous et toutes tant bien que mal, a mise en exergue les différences sociales, culturelles et territoriales déjà existantes entre les français. Visago News ouvre ses “colonnes” à ces derniers. Découvrez leur témoignages.

Le confinement ? Ce n'est pas non plus la fin du monde …

Télé-travailler, je le faisais déjà un peu avant, J'attends à peine plus aux caisses pour mes courses, J'applique les gestes barrières qui sont communiqués partout.

Le confinement ne change pas ma vie de manière radicale ou dramatique....forcément, je suis dans le 15e arrondissement de Paris où j'ai 5 pharmacies à 100 m à la ronde, 10 points d'alimentation à moins de 5 minutes à pied dont un ouvert 24h24 et 7j/7, 3 boulangeries, etc.

Alors pourquoi tiens-je à témoigner ? Parce que dans les banlieues populaires, les quartiers comme disent les médias - comme si populaire était un gros mot - j'y ai des proches dont une mère qui a dépassé les 80 ans et que leur vécu du confinement ou plutôt le décalage de l'autre côté du périphérique m'effare. M'effraie.

RER D, MON AMOUR

Je mets 20 minutes pour faire mes courses dans mon coin du 15e de Paris. Un ami de Villiers-le-Bel, ville où j'ai grandi : "y en avait pour 2 h de queue à l'hypermarché et les gens qui se gueulent dessus"

Dans mon 15e dès les premiers jours du confinement, tout le monde masqué, les gestes barrières de suite appliqués. La veille du confinement, je prends le RER D pour rendre visite à ma mère. Distance de 1 mètre irréalisable, trop de monde, peu de gens masqués ou prioritairement les enfants ! Or ce ne sont pas les enfants qu'il faut masquer (d’après les mesures en vigueur du début). Je réalise que les mesures de prévention, d'explication ne sont pas passées… et quand c'est le cas, qu'en langue française.

En effet, sur les quais, les messages de prévention s’enchaînent mais uniquement en français, anglais, espagnol et japonais...

JOUR 1

Le jour 1 du confinement, une autre amie me raconte amener sa fille chez la nounou. C'est autorisé. Elle se fait alpaguer par une femme qui essaie de lui reprocher sa pseudo irresponsabilité "c'est le confinement, le virus. votre enfant, pas dehors. masque". Elle se fait vertement éconduire par mon amie qui lui explique qu'elle a tout compris à l'envers ou plutôt qu'elle ne sait rien.

C'est confirmé. la prévention n'est pas faite dans les quartiers, du moins pas par les pouvoirs publics. Ce que me confirmeront des articles lus sur internet et des discussions avec des éducateurs spécialisés : ce sont des associations comme « Banlieue Santé » notamment dans le 93 qui font le job ; porte-à-porte, créations d'affiches multi langues, explication du chômage partiel auprès de gens qui ne parlent pas toujours français… à Villiers-le-Bel c’est un collectif d’habitants qui semble s’en charger ; distributions de masques et d’attestations, bons plans achats groupés sur des circuits courts, nettoyage des parties communes dans les immeubles…

Les premiers décès de proches liés au COVID-19 dont je suis informée surviennent dans mon entourage habitant les quartiers // A mon travail (je suis cadre dans un service composé majoritairement de CSP++), personne n'est malade ni dans leur entourage. PERSONNE. Je m'en réjouis mais je constate ce troublant écart.

DANS MA RUE

Personne dans les rues dans mon 15e, sauf des livreurs Ubers Eats. Les résidents de mon immeuble (sauf moi et quelques voisins) sont majoritairement partis dans leur maison de campagne, comme la plupart de mes collègues d'ailleurs.

Mon N+2 : « …on est parti. Rester à Paris les uns sur les autres… pas évident ». Je n'ai pas osé lui demander la superficie de son appartement parisien. // Un ami, toujours de Villiers-le-Bel : "quelques mecs de quartier continuent de tenir les murs. Comment leur en vouloir ? Dur de rester les uns sur les autres à la maison. Il y en a qui doutent tu sais. Que le Covid-19, ce serait du pipeau »… mais leurs doutes, c'était au début, avant que la maladie ne touche leurs proches voire eux-mêmes. Parfois mortellement, avant que les corps soient mis en terre sans présentation à la famille, sans possibilité de faire des obsèques, de prières rituelles ou toilette mortuaire. De dire au revoir.

A 20h, tous les soirs, celles et ceux restés dans mon coin du 15e applaudissent les soignant.e.s à tout rompre. // Une copine de mon ancien quartier : "ici, personne n'applaudit. les gens s'en foutent. ils ne sont pas solidaires". je pense que c'est plus compliqué mais je ne dis rien. A quoi bon ?

RELATIVISME vs SURVIE

Dans mon réseau professionnel sur Linkedin, tout le monde enjoint tout le monde à profiter du confinement pour "faire le point", "se recentrer sur l'essentiel", "relativiser" "prendre ce temps pour réfléchir et changer de cap professionnel", "comprendre que le monde après sera différent" Ah oui ? Vous êtes médium ? Je crois rêver. Cette arrogance et mépris de classe m'est insoutenable. Comment faire le point quand vous vivez à 3 dans 15m² avec un enfant asthmatique ? C'est le cas d'une de mes voisines qui vit seule avec ces 2 enfants. Elle non plus n'a pas de maison de campagne ! Elle, toujours calme, je l'entends piquer des crises de nerfs, pleurer. Comment relativiser quand tu travailles dans la restauration, à la recette et que donc tu ne touches plus rien ? PLUS RIEN. C'est le cas d'un autre de mes voisins. Laconiquement, il me dit "j'espère que ça ne va pas durer trop longtemps. y a rien qui rentre. c'est comme cela ".

Comment réfléchir quand tu n'as qu'une crainte, c'est que ta mère âgée contracte le virus, car il faut bien qu'elle sorte, ne serait-ce que pour faire ses courses ! C'est ma réalité : la peur et l'impuissance. Deux mots que je n'ai jamais entendus dans la bouche des chantres du bienfaits du confinement. S'ils pouvaient profiter du confinement pour se taire ou faire le point sur leur besoin de faire la leçon à tout le monde… Est-ce que je leur dis que les bienfaits du confinement selon eux, cela a augmenté les violences faites aux femmes et les violences intrafamiliales ?

Que le déséquilibre des tâches ménagères et gestion des enfants entre hommes et femmes est toujours en défaveur des femmes même quand le conjoint est lui aussi h 24 à la maison ? Est-ce que je leur dis que les faillites de commerçant.e.s vont être terribles ?

Est-ce que je leur dis que...Non je leur dis rien. Ces nantis sont trop plein de morgue et d'assurance pour envisager d'autres certitudes que les leurs. Bienfaits du confinement ? Non, mal nécessaire.

BIENFAITS ET CONFINEMENT

Je navigue dans une réalité schizophrénique. C'est mon constat. Les plus aisés qui pérorent et les autres qui tentent de survivre (médicalement et financièrement, au sens propre et figuré).

Alors j'ai arrêté les réseaux sociaux. tous. J'ai décidé de retourner dans le monde réel. J'ai contacté mon notaire pour dresser mon testament, j'ai toqué à la porte de mon voisin lui proposant de l'aide si besoin. Echange de numéros. Idem avec ma voisine avec ces 2 enfants. Tout en appliquant les gestes barrière (bien sûr!), on a laissé s'exprimer nos peurs, des pleurs, nos humanités :

- merci ça me touche que tu sois venue,

- tu sais mes enfants font des cauchemars,

- j'arrête pas de pleurer,

- il donne trop de devoirs aux enfants,

- je suis allée à l’hôpital car mon fils est asthmatique, on aurait cru le bled.

Bref, on a osé se dire à demi-mots que cette pandémie, sans surprise, c'est chez les plus vulnérables, notamment socialement qu'elle fera le plus de carnage. Sans surprise.

Bienfaits du confinement ? Non, mal nécessaire.

Par Christelle Evita

(entre Paris 15e et Villiers-le-Bel)

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