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Villiers-le-Bel

Le discours d’Ali

24/11/2015 SOCIÉTÉ

 

L’éducation contre les barbares, la culture contre la bêtise et pourquoi pas l’amour face à la haine…. Avec des mots simples et forts, les enfants et les éducateurs d’une association de Villiers-le-Bel ont répondu aux armes avec leur âme.

 

En Mais pourquoi ils veulent nous tuer ? », « Qu’est-ce qu’on a qu’ils veulent nous prendre ? » Aucun des formateurs de l’EPDH n’avait sans doute pensé se voir poser un jour ces terribles interrogations par des enfants. Après le drame du 13 novembre, c’est pourtant à des questions comme celles-ci que les membres de cette association pas comme les autres ont dû répondre.

 

L’ EPDH (Ensemble Pour le Développement Humain) a pour but la réussite éducative : son objectif n’est pas seulement le soutien mais surtout la réussite scolaire. Il ne s’agit pas uniquement de développer des savoirs mais de cultiver l’initiative de chacun, son ouverture à l’autre et au monde et bien sur l’entreaide dans un esprit citoyen (voir encadré).

 

Cet esprit, les plus grands en sont déjà les garants. Ils ont écrit ensemble un texte avec Ali Kayani, l’un des éducateurs. Et ils ont demandé que ce texte soit lu à haute voix. Devant 95 enfants, leurs parents, et un grand nombre d’éducateurs et formateurs de L’EPDH : Naghmana, Mahdiya, Norbert, Roland, Nayime, Paul, Denise, Léocadie, Karima, Sébastien, Marie-Anne, kahina… Ali Kayani, le coordinateur de l’association a pris la parole pour exprimer ce que tous pensent et ressentent. Ecoutez ce discours, c’est celui des citoyens de la banlieue nord...

 

Une condamnation sans équivoque

 

129 morts, 300 blessés, dont 99 dans un état grave. Femmes, hommes, enfants, de toutes origines, de toutes cultures, de tous âges ont été massacrés sans distinction aucune.- Rien, absolument rien ! ne peut justifier le meurtre et l’agression brutale de centaines de civils innocents. - Nous sommes horrifiés, comme l’immense majorité des gens dans le monde (musulmans et non-musulmans) est horrifiée par ce massacre. - Ceux qui disent tuer au nom de l’Islam ne peuvent pas être considérés comme des musulmans, ils ne sont pas des musulmans. Ces tueurs se sont mis eux-mêmes à l’écart du genre humain. Ils font honte à tout le genre humain. - Même en guerre, les soldats doivent respecter impérativement certaines règles. S’attaquer par surprise à des civils non armés, non prévenus, est une faute extrêmement grave. Ce n’est plus de la guerre, mais une forme de sauvagerie monstrueuse et impardonnable.- En nous frappant de façon aussi atroce, ils veulent nous faire peur et ensuite nous diviser, pour que notre société éclate. Ils ne réussiront pas. Aucun d’entre nous n’est prêt à renoncer aux valeurs qui sont aussi notre devise « Liberté – Égalité – Fraternité ».

 

« Nous sommes le phare de la liberté »

 

- Nous, Français et Françaises de toutes origines, cultures, croyances, nous sommes fiers de notre pays. Car dans notre pays, nous, hommes et femmes, pouvons vivre, aimer, apprendre, avancer, lire, sortir, et nous exprimer librement sur tous les sujets comme et quand bon nous semble, avec qui nous voulons, quand nous le voulons. Ce sont là des libertés inestimables, qui nous sont naturelles, normales (Mais qui ne le sont pas dans certains pays, voire impossibles dans d’autres).

 

ET PLUS IMPORTANT ENCORE, les seuls moyens efficaces et pérennes restent l'éducation et la culture. Pour toutes ces raisons, la République Française est un « phare de la Liberté », un exemple puissant qui inspire espoir et courage partout dans le monde. Chacun d’entre nous fait partie de ce phare, que certains, comme ces tueurs, veulent détruire. Car ils ont peur, eux, de toutes ces libertés, et de la lumière que nous représentons.

 

« Ils ne sont qu’une poignée, nous formerons un bloc »

 

- Nous pouvons lutter contre ces gens et les idées qu’ils veulent nous imposer, car nous avons nous aussi des armes : l’intelligence, la liberté d’accès à la culture et à l’éducation, le goût de vivre et de choisir librement comment nous voulons vivre nos vies. Personne ne peut nous imposer ses idées et ses façons de vivre sans notre accord. Et surtout pas en nous menaçant et en tuant des gens. - Contre leur barbarie, nous ferons front, nous saurons rester unis. Unis par une éducation, une culture, un amour de notre pays, et une volonté commune. Ils ne sont qu’une poignée, tandis que nous formerons un bloc contre lequel leurs assauts ne pourront rien ! Unis et solidaires nous sommes, unis, solidaires et fermes nous resterons ! Ils peuvent nous blesser, mais ils ne peuvent pas tuer ce que, tous ensemble, nous formons : une grande nation.

 

- Contre le poison de leurs idées, nous pouvons opposer une arme puissante : l’éducation. Leurs discours séduisent en général des gens peu, pas ou mal éduqués, souvent en échec scolaire et social. Mais ils ne peuvent pratiquement rien contre des personnes bien éduquées, dotées de raisonnement, d’esprit critique, et du sens des valeurs morales et éthiques qui fondent la société française et toute vie en société en général.

 

- La République en a vu d’autres. Au nom de nos valeurs, nous combattrons avec les armes qui sont les nôtres. La bêtise, la haine, le goût de la destruction, la volonté de ces brutes de faire de nous des esclaves ne l’emporteront pas !

 

RAPPELONS ENFIN que le message central au cœur de toutes les grandes religions (Islam, Judaïsme, Chrétienté, Bouddhisme, Hindouisme, etc.) sagesses, philosophies… est un message d’appel à la tolérance, au savoir vivre ensemble avec l’Autre avec toutes ses différences, à l’entraide, à l’harmonie, et en fin de compte à l’Amour. »

 

Puis Roland a lu le texte d un papa à sa fille qui a été diffusé sur internet. Les enfants, très émus ont été très attentifs. Car malgré leur jeune âge pour la majorité d’entre eux, ils ont compris qu’ils vivaient un moment très grave. Tous, jeunes et moins jeunes ont eu les larmes aux yeux au moment où tout le monde s'est tenu la main en cercle pour observer une minute de silence en pensant très fort aux victimes, suivi de la Marseillaise…

Par Agnès Desfosses